Privée de la garde de son enfant, une femme transsexuelle dénonce un jugement transphobe

Dans l'attente d'un examen médico-psychologique, Sandrine Kermorgant, 36 ans, ne peut plus voir son enfant que deux fois par mois, dans un lieu neutre.

Privée de la garde de sa fille, Sandrine Kermorgant accuse une juge des affaires familiales de transphobie.
Privée de la garde de sa fille, Sandrine Kermorgant accuse une juge des affaires familiales de transphobie. (SANDRINE KERMORGANT)

"Cela fait mal d'être jugée comme ça en 2015." Sandrine Kermorgant, une transsexuelle de 36 ans, homme devenu femme, ne décolère pas contre la décision de la juge des affaires familiales de Lorient (Morbihan). Elle accuse la magistrate de lui retirer la garde de l'enfant dont elle est le père biologique, en raison de sa transsexualité. "C'est moi qui suis jugée et plus largement la transidentité et l'homosexualité, et non le bien-être d'un enfant", accuse-t-elle, contactée par francetv info.

Rendue le 23 février, cette décision, que francetv info a pu consulter, ordonne un examen médico-psychologique des parents avant de trancher sur la résidence de la petite fille de 2 ans et sur un droit d'accueil. En attendant, la résidence habituelle est fixée chez sa mère, avec un droit de visite simple pour le père biologique, c'est-à-dire Sandrine Kermorgant, deux fois par mois, pendant 2 heures, dans un lieu neutre.

"Un regard de haine"

Jusqu'ici, un accord à l'amiable avec son ex-compagne permettait à Sandrine Kermorgant de voir Flora deux week-ends par mois et la moitié des vacances. "Ce n'est pas humain de faire ça. On ne peut pas décider de retirer un enfant à son parent du seul fait de son transsexualisme. Cela ne met pas en danger l'enfant et c'est contradictoire avec la loi sur le mariage pour tous", tempête son avocate, Emeline Hamon, contactée par francetv info.

Jugement en main, Sandrine Kermorgant se remémore l'audience et le "regard de haine" de la magistrate. "A aucun moment, elle ne m'a appelée Madame Kermorgant, alors que c'est mon nom d'usage et qu'il est inscrit sur tous mes papiers, raconte-t-elle. Elle a fait l'effort de m'appeler Monsieur. Cela faisait un moment que personne ne m'avait appelé Monsieur".

"Comment l'enfant va pouvoir se construire ?"

Elle dénonce également l'attitude de la partie adverse. "L'autre avocate n'a parlé que de moi, au lieu de parler de ma fille", accuse-t-elle. Sandrine Kermorgant regrette que la juge n'ait pas statué en fonction des conditions matérielles : "Ma fille vit chez ses grands-parents, dans un lit parapluie installé dans l'ancienne chambre de sa maman, qui était un débarras ou un dressing", regrette-t-elle, alors qu'elle peut lui proposer une vraie chambre.

Dans le texte du jugement, la juge estime, en effet, que "le point crucial n'est pas de savoir si l'enfant dort dans un lit parapluie ou a une chambre de princesse mais de savoir si au travers de sa demande de résidence de l'enfant, Monsieur Kermorgant ne cherche pas d'une certaine manière à 'asseoir' sa féminité et comment l'enfant va pouvoir se construire". La juge cite également le psychanalyste Sigmund Freud et rappelle que l'enfant va entrer dans sa période œdipienne, "un événement majeur dans le développement de la personnalité de l'enfant".

"Beaucoup de mensonges"

Contactée par francetv info, la mère de l'enfant dénonce "beaucoup de mensonges""La juge ne s'est pas basée seulement sur le fait que le père soit transsexuel, il y a eu des faits avérés comme quoi il est psychologiquement dangereux pour la petite", martèle la jeune femme de 33 ans, avant d'expliquer que "Monsieur" refuse que la petite porte des jeans et proteste contre une coupe de cheveux trop courte. Elle précise qu'elle ne vit chez ses parents qu'à titre provisoire, le temps de vendre l'ancienne maison du couple.

Elle assure également qu'avant sa transformation, son ex-compagnon "ne s'est jamais intéressé à sa fille". "La petite l'appelle maman, elle est perdue et lui ne veut pas faire en sorte de se faire appeler papa. Il peut y avoir des transsexuels très bien, très équilibrés, mais lui ne l'est pas", conclut-elle. "La décision est rendue dans l'intérêt de l'enfant", abonde l'avocate de la mère, Laurence Mallet. 

"Quand on vient la chercher, c'est vraiment la grande joie. Elle n'a qu'une hâte, partir avec nous", réplique Sandrine Kermorgant, qui a décidé de faire appel de cette décision et de saisir le défenseur des droits. "Effondrée" depuis la décision, elle espère que cette procédure aboutira à un "juste milieu" entre les deux parties : "De toute façon, cela ne peut pas être pire que ce jugement".