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Lejaby : 450 salariés suspendus à la décision du tribunal

La décision du tribunal concernant un potentiel repreneur a été reportée à mercredi après-midi. La survie de l'usine d'assemblage, en Haute-Loire, est en jeu, ainsi que de nombreux emplois au siège. 

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Des salariées de Lejaby manifestent à Lyon en juillet 2010 en raison de la mise en place d'un plan social par l'entreprise. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Les 450 salariés de Lejaby ne sont toujours pas fixés sur leur sort. Le tribunal de commerce, qui devait se prononcer mardi 17 janvier, a reporté sa décision de 24 heures. Il doit déterminer si l'une des deux sociétés candidates peut reprendre l’entreprise spécialisée dans la lingerie haut de gamme. Les deux postulants ainsi que le président du groupe étaient d'ailleurs présents à l'audience. Le site d’Yssingeaux, en Haute-Loire, où travaillent 93 employés, est particulièrement menacé. 

Chronique d’une dégringolade

Lejaby, fondé en 1930, emploie 450 personnes réparties sur deux sites : le siège, à Rillieux-la-Pape (Rhône), et Yssingeaux (Haute-Loire), la dernière usine d’assemblage.

En 2008, l’entreprise, aux mains d'une société américaine, est rachetée par le groupe autrichien Palmers pour 45 millions d'euros, comme le retrace Le Figaro. Lejaby France compte 650 employés à l'époque.

A la suite d'un plan social annoncé en mars 2010, 197 sont licenciés. L'entreprise délocalise pour faire face à la concurrence, décrypte Le Monde. Les usines de production de Bellegarde-sur-Valserine (Ain), Bourg-en-Bresse (Ain) et Le Teil (Ardèche) sont fermées dans l’année.

Le 27 octobre 2011, le couperet tombe. Lejaby, en proie à de très graves problèmes de trésorerie, annonce son dépôt de bilan. Le fabricant, qui réalise encore 30 % de sa production en France, dispose alors de six mois pour se réorganiser. Le 22 décembre, Lejaby est finalement déclaré en liquidation judiciaire mais bénéficie d’un prolongement d’activités jusqu’au 20 janvier.

La liquidation n'est qu'un "moyen technique" et la cession de l'entreprise à un repreneur pourra se faire, ont alors insisté les représentants des salariés et de Lejaby. La décision a toutefois de fâcheuses conséquences en termes d’image, alors que la marque tente de se relancer. Abcia, un fonds d'investissement grenoblois qui s'était manifesté le premier comme candidat au rachat, se retire.

Qui sont les repreneurs ?

Le président du tribunal de Lyon doit choisir entre deux repreneurs ou n'en choisir aucun. Dans les deux cas, la dernière usine de fabrication en France, celle d'Yssingeaux, risque gros : licenciements dans un cas, fermeture du site dans l’autre.

La première offre, celle de la PME Canat, spécialiste de la lingerie de nuit basé à Millau (Aveyron), prévoit de garder la moitié des effectifs d'Yssingeaux, ainsi qu'une centaine de salariés à Rillieux, soit 160 personnes au total. Si la transaction a lieu, la PME aveyronnaise achètera un fabricant quatre fois plus gros qu'elle, rappelle le magazine professionnel L'Usine nouvelle.

L’autre repreneur, Alain Prost, ex-dirigeant de l'italien La Perla, entend reprendre 194 salariés à Rillieux, où une petite équipe de production serait conservée, mais veut fermer l'atelier d’Yssingeaux. Selon la CGT, c’est cette offre qui aurait reçu le soutien de l’administrateur judiciaire. Alain Prost, qui promet d’investir 7 millions d’euros, veut inciter Lejaby à renouer avec la "créativité" qui a fait son succès et à "redevenir pionnière dans l'innovation".

Quant à Emmanuel Venot, l'actuel directeur commercial de Lejaby qui, associé à deux cadres, avait présenté un dossier de reprise en décembre, il a jeté l'éponge. Son appel lancé début janvier afin de réunir un à deux millions d'euros pour boucler l'offre n'a pas rencontré d'écho.

Les salariés toujours mobilisés

Les pouvoirs publics "vont-ils sacrifier une nouvelle fois l'industrie dans nos territoires ?", ont interpellé fin décembre les employés de l’atelier. Depuis, ils sont restés mobilisés. Après avoir manifesté dans la matinée de lundi à Yssingeaux, 90 des 93 salariés du site ont passé la nuit dans l’usine pour exprimer leur désaccord face à une éventuelle délocalisation. La direction ne s’est pas opposée à l’occupation des locaux.

France 2 / France 3

Une centaine de salariés a également lancé mardi à midi, avant l'audience, un ultime"appel au secours" dans le symbolique quartier lyonnais de la Croix-Rousse, où s'illustrèrent les canuts, les ouvriers tisserands de la soie, lors de leurs révoltes au milieu du XIXe siècle.

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