Cinq ans de prison avec sursis pour un père qui avait tué sa fille handicapée

Il a été reconnu coupable du meurtre de sa fille de 6 ans, Johana, tétraplégique.

Americo Carneiro (G), à son arrivée au tribunal de Melun (Seine-et-Marne), le 18 mars 2014.
Americo Carneiro (G), à son arrivée au tribunal de Melun (Seine-et-Marne), le 18 mars 2014. (FRANCE 3 / FRANCETV INFO)

La cour d'assises de Seine-et-Marne a suivi les réquisitions du procureur. Vendredi 21 mars, à Melun, elle a condamné à cinq ans de prison avec sursis Americo Carneiro, reconnu coupable du meurtre de sa fille de 6 ans, Johana, dont le lourd handicap lui était devenu insupportable. Cette peine est assortie d'une mise à l'épreuve de trois ans et d'une obligation de soins.

L'homme avait étouffé sa fille unique en plaçant sa main sur sa bouche et en lui pinçant le nez pendant son sommeil, le 3 janvier 2011, au domicile familial de Boulancourt (Seine-et-Marne). A l'époque du drame, il devait prendre en charge sa fille quasiment seul à la maison, sa femme étant maniaco-dépressive et régulièrement hospitalisée. Isolé socialement, il souhaitait ensuite égorger sa femme puis se donner la mort, mais dit ne pas en avoir eu le courage.

Un père aimant, mais "dépressif et inquiet"

Johana souffrait-elle ? Etait-elle heureuse malgré tout ? Le quotidien de cette fillette, née prématurée, tétraplégique, épileptique, et souffrant d'un fort retard mental, a mobilisé l'essentiel des débats lors du procès. Infirmité physique, déficience mentale, difficultés de communication… "C'était dur, elle souffrait beaucoup", a assuré d'une voix nouée le maçon, qui poursuit : "Elle était là dans sa coque, elle ne pouvait pas jouer avec les autres enfants. (…) Elle n'avait pas d'avenir."

Dépeint comme un père attentionné et aimant, il a aussi été décrit lors du procès par sa femme comme un homme "épuisé", "dépressif et inquiet". D'après elle, il avait "peur pour l'avenir" de leur fille, raconte Le Nouvel Observateur.

Lors du procès, Americo Carneiro a assuré avoir agi "par amour", pour "soulager" les souffrances dues au handicap de sa fille. Tout en reconnaissant qu'elle "riait" souvent à ses côtés. Selon Jean-Claude Mselati, pédiatre, la fillette avait vraisemblablement conscience de son handicap, et était bel et bien "en souffrance".

Un discernement "en partie altéré" à l'époque des faits

"Pour M. Carneiro, la vie de sa fille était un calvaire. Il la jugeait insupportable", a analysé Vincent Mahé, expert psychiatre, pour qui le discernement du père était "en partie altéré" à l'époque des faits. "Il n'était pas dans un délire" mais "l'enfermement dépressif était très important", a poursuivi l'expert.

L'accusé voulait-il mettre fin à "ses souffrances à elle" ou soulager ses propres blessures ? s'est interrogée l'avocate générale pendant le procès. Americo Carneiro a soupiré longuement. "Je pensais à elle", a alors glissé le quadragénaire, qui a dit "souffrir" de l'absence de sa fille.