Les grands rôles de l'affaire des fadettes

Dominique Péchenard, le directeur général de la police nationale, est convoqué ce vendredi comme témoin assisté. L’occasion de revenir sur les protagonistes du dossier. 

De gauche à droite et de haut en bas : Frédéric Péchenard, Philippe Courroye, David Sénat, Gérard Davet, Brice Hortefeux, Bernard Squarcini, Claude Guéant. 
De gauche à droite et de haut en bas : Frédéric Péchenard, Philippe Courroye, David Sénat, Gérard Davet, Brice Hortefeux, Bernard Squarcini, Claude Guéant.  (AFP)

Des journalistes, un grand quotidien français, un ministre de l'Intérieur, un juge haut placé et des hauts fonctionnaires… L’affaire dite "des fadettes", une des ramifications de l’affaire Bettencourt, aligne du beau monde. A l’occasion de la convocation de Dominique Péchenard, le directeur général de la police nationale, comme témoin assisté vendredi 28 octobre, FTVi liste les protagonistes du dossier.

• Gérard Davet, journaliste au Monde. Tout commence par un article signé Gérard Davet dans Le Monde du 18 juillet 2010. En pleine affaire Bettencourt, il révèle les extraits du procès-verbal de l'audition de Patrice de Maistre à la brigade financière. L'ex-gestionnaire de fortune de l’héritière de L’Oréal y indique avoir recruté l'épouse d'Eric Woerth, alors ministre du Travail, en échange de la Légion d'honneur.

Trois mois plus tard, Le Monde révèle que le procureur de la République de Nanterre, Philippe Courroye, s’est procuré sans autorisation les factures téléphoniques détaillées (les fameuses "fadettes") de Gérard Davet et Jacques Follorou, un autre journaliste qui enquête aussi sur l’affaire.

• David Sénat, conseiller de MAM. Entre temps, David Sénat, soupçonné de murmurer à l’oreille du Monde, est débarqué de son poste de conseiller auprès du cabinet de la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie.

Officiellement, il est muté à Cayenne. Officieusement, il est jugé responsable des fuites. Son numéro de portable aurait été identifié sur les factures détaillées d’un des deux journalistes du Monde.

Un an plus tard, en septembre 2011, David Sénat riposte : "On remonte à moi à partir d’investigations faites sur un journaliste, on isole mon nom, et on me cible comme étant l’auteur présumé de faits que je n’ai pas commis."

• Philippe Courroye, procureur de la République. Ce magistrat est donc accusé par Le Monde d’avoir violé le secret des sources en se procurant les fadettes de deux journalistes. Dans quel but ? Le procureur cherchait à prouver que sa rivale dans l'affaire Bettencourt, la juge Isabelle Prévost-Desprez, parlait à la presse, violant le secret professionnel.

La plainte du Monde à l’encontre du procureur, classée sans suite, est à nouveau déposée en mars 2011. La juge d’instruction Sylvia Zimmerman s’en saisit et convoque, le 28 septembre, ce proche de Nicolas Sarkozy en vue de sa mise en examen. "Du jamais-vu", de mémoire de magistrats. Mais les avocats du patron du deuxième parquet le plus important de France obtiennent le report sine die de son audition.

• Bernard Squarcini, directeur central du renseignement intérieur. Après Philippe Courroye, c'est la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) qui est la cible du Monde. Le quotidien l'accuse d'avoir obtenu en juillet 2010 de l'opérateur Orange les relevés téléphoniques de Gérard Davet. Le patron du renseignement est mis en examen à la mi-octobre.

Bernard Squarcini reconnaît avoir cherché à trouver la source de Gérard Davet à la demande de Frédéric Péchenard, chef de la police nationale. Mais il assure que ce dernier ne lui a pas indiqué de modus operandi pour y parvenir. Squarcini endosse ainsi la responsabilité de la décision de se procurer les fadettes.

• Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale. Ami d'enfance du chef de l'Etat, Frédéric Péchenard est convoqué vendredi 28 septembre comme témoin assisté, un statut intermédiaire entre simple témoin et mis en examen.

Il a reconnu, début septembre, avoir demandé à ses hommes "d'identifier le haut fonctionnaire qui, soumis au secret professionnel et ayant un accès direct à des documents confidentiels, divulguait des informations confidentielles sur une affaire judiciaire en cours".

Malgré cette convocation judiciaire, Frédéric Péchenard, tout comme Bernard Squarcini, reste en poste, au grand dam de l’opposition qui réclame leur suspension, voire leur démission.

• Brice Hortefeux et Claude Guéant, ministres de l'Intérieur. Supérieur hiérarchique de Bernard Squarcini et Frédéric Péchenard au moment des faits, Brice Hortefeux est soupçonné par la gauche d'avoir commandité l'identification des sources des journalistes du Monde. L'ami intime de Nicolas Sarkozy n'a cependant pas encore été convoqué par la justice.

Claude Guéant, actuel ministre de l’Intérieur, a quant à lui nié lors d’une audition devant les députés à l'Assemblée nationale mi-septembre l'existence d'un cabinet noir élyséen : "Je condamnerai ce qu'a fait la DCRI si la justice dit que c'est irrégulier. La justice ne l'a pas dit", a-t-il déclaré, repoussant toute implication personnelle dans cette affaire.