Concurrence : les patrons d'hôtel s'en prennent aux sites de réservation en ligne

Les sites de réservation d'hôtels en ligne ont-ils des pratiques anticoncurrentielles ? C'est ce qu'affirme le principal syndicat hôtelier, l'Umih, qui saisit l'Autorité de la concurrence et espère faire condamner Booking, Expedia et HRS.

(Autre)

Les patrons d'hôtels se
rebiffent. Par le biais de leur principal syndicat, l'Umih (Union des métiers
de l'industrie et de l'hôtellerie), ils alertent l'Autorité de la
concurrence sur les pratiques de Booking, Expedia et HRS. Ces trois sites en
ligne, véritables géants de la réservation d'hôtels sur internet, sont soupçonnés de pratique anticoncurrentielle.

Dans le collimateur des patrons,
deux clauses qu'un hôtel doit respecter s'il souhaite être référencé sur ces
sites. Un luxe dont il ne peut aujourd'hui se passer sous peine de perdre ses
clients. Un chiffre, tiré du 8ème baromètre publié par le JDN / Kantar
Media Compete
, illustre particulièrement cette tendance : en 2013, 70 % des
consommateurs qui ont cherché un hôtel sur internet se sont rendus
sur Booking.

Parité et
disponibilités

La première clause est celle de parité tarifaire. Concrètement, il s'agit pour l'hôtelier
de s'engager à ne pas louer de chambres à des prix moins chers que ceux
présents sur internet. Finies les ristournes et les réductions en direct, les
patrons d'hôtel ne peuvent plus adapter leurs prix en fonction des
disponibilités, ou les baisser lorsque l'hôtel est vide.

De leur côté, les sites de
réservation en ligne s'étonnent de cette saisie en justice. "Je
suis assez surpris par cette décision, d'autant que l'Umih ne nous a jamais
contactés pour en discuter
", a déclaré Emmanuel Ebray, directeur général
de HRS, à L'Echo Touristique. "Ce débat est étonnant, dans la mesure où notre vocation est
d'être un partenaire distribution. Nous montons des événements avec des
hôteliers, qui se montrent très satisfaits de nos relations
" a-t-il souligné.

Déjà condamnés pour
pratiques trompeuses

En 2010, déjà, les patrons
d'hôtels avaient saisi la justice, par le biais du Synhorcat (Syndicat national
des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs). Ils accusaient certains
sites, notamment Expedia, de donner de fausses informations sur la
disponibilité des chambres et d'annoncer de fausses réductions de tarifs. Une
enquête avait été demandée par Frédéric Lefebvre
, alors secrétaire d'Etat au Tourisme
et à la Consommation.

L'enquête de la DGCCRF
avait été dans le sens du syndicat
, relevant des pratiques commerciales
trompeuses à l'encontre de trois entreprises du
groupe Expédia (Expédia, Tripadvisor, Hotels.com). Le groupe Expedia n'avait
alors pas souhaité faire de commentaire.

Google et Fairbooking :
des alternatives se montent

Certains n'ont pas attendu
pour se passer des sites de réservation en ligne. Le mouvement "Fairbooking",
lancé par l'hôtelier Gilles Cibert à la mi-mai à Nantes, met en avant la
réservation directe. Site de réservation en ligne inspiré du fonctionnement des
AMAP, il met directement en relation les hôteliers avec les consommateurs, sans
prendre de commission et en permettant aux patrons d'hôtels d'adapter leur
offre en fonction de la demande. Treovi, tout juste créé, propose le même type
de services.

 

La formule fonctionne, si
l'on en croit le succès de Fairbooking,

en à peine deux mois et demi. Ce n'est pas encore suffisant pour
concurrencer les 10.000 hôtels de Booking.com, mais l'initiative fait parler d'elle.

Google a lui aussi flairé le filon : le
géant américain a prévu de lancer dans les mois qui viennent Google Hotel
Finder
. Sorte de " méta-comparateur " de prix, l'application
permettra de comparer les différents hôtels en une simple recherche google,
sans forcément avoir besoin de passer par les sites de réservations en ligne.