Clichy-sous-Bois : les larmes des policiers n'émeuvent pas les familles

Au troisième jour du procès de la mort de Zyed et Bouna à Rennes, les deux policiers poursuivis pour non-assistance à personne en danger ont donné leur version des faits, mais ont peiné à convaincre les parties civiles.

Les deux prévenus, Sébastien Gaillemin et Stéphanie Klein, jugés pour non-assistance à personne en danger au tribunal correctionnel de Rennes (Ille-et-Vilaine), le 18 mars 2015.
Les deux prévenus, Sébastien Gaillemin et Stéphanie Klein, jugés pour non-assistance à personne en danger au tribunal correctionnel de Rennes (Ille-et-Vilaine), le 18 mars 2015. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Comme la veille, ce sont les paroles de Sébastien Gaillemin, enregistrées le 27 octobre 2005, qui ont marqué le troisième jour du procès de deux policiers jugés après la mort, il y a dix ans, de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Pour la première fois, mercredi 18 mars, les prévenus et les parties civiles ont pu entendre les deux phrases prononcées par le policier, et sur lesquelles repose l'accusation de non-assistance à personne en danger : "Ils sont en train d'enjamber pour aller sur le site EDF", lâche-t-il à la radio, alors qu'il aperçoit "deux silhouettes" escalader un grillage, avant d'ajouter : "En même temps, s'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau." Une expression qui a été au cœur des débats.

A l'aide de cet enregistrement, de plans et de photos prises lors d'une reconstitution, le tribunal correctionnel de Rennes a, pas à pas, seconde par seconde, passé au crible l'intervention des policiers qui s'est terminée par la mort de Zyed, 17 ans, et Bouna, 15 ans, électrocutés dans le site EDF. Un travail de fourmi pour savoir enfin si les policiers étaient conscients que les deux jeunes se trouvaient en danger.

"Une expression fort maladroite"

Les prévenus sont restés sur leurs positions. A la barre, Sébastien Gaillemin s'excuse pour son "expression fort maladroite". Il répète qu'il n'avait aucune certitude sur la présence des adolescents sur le site. "Ce n'était qu'une hypothèse", répète celui qui se présente comme un policier sans histoires, pas "un chasseur de flag' ni un chien fou", à la différence de certains de ses anciens collègues de la brigade anticriminalité.

"Pourquoi, dans le doute, n'avez-vous pas crié des avertissements ?" l'interroge l'avocat des parties civiles. "J'étais dans une optique d'interpellation", souffle le policier. Zyed et Bouna sont alors cachés dans le transformateur où ils trouveront la mort quelques minutes plus tard, avec Muhittin qui, lui, en réchappera. Le président demande alors à Sébastien Gaillemin s'il avait conscience du danger mortel pour les adolescents. "Non", répond le prévenu avant de fondre en larmes.

"Il y a quand même deux enfants morts"

A la barre, l'émotion gagne également Stéphanie Klein. Elle est au standard de la police ce jour-là, quand elle entend ce message. Pour elle, il ne s'agit pas d'une "centrale électrique" mais plutôt d'"un site administratif". La jeune policière ne connaît pas les lieux, ne réagit pas et n'appelle pas EDF, qui aurait pu couper l'alimentation en électricité. "J'avais le numéro sous les yeux." Très émue, elle finit aussi par craquer. "Il y a quand même deux enfants morts. Comment voulez-vous que je ne prenne pas la chose à cœur ?"

A la sortie de la salle 110 du tribunal correctionnel, Adel Benna, le frère de Zyed, n'est pas convaincu par la version des deux policiers. Et leurs larmes n'y changent rien. "Nous, cela fait depuis le 27 octobre 2005 que nous pleurons."