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Cinq juges européens face à la criminalité financière

Dix-sept ans après leur "appel de Genève", un magistrat français, deux italiens, un suisse, et un belge dénoncent la "part obscure" qu'occupe encore l’argent.

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France Télévisions
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La criminalité en col blanc n'a pas fléchi depuis "l'appel de Genève" de 1996. (CASPAR BENSON / GETTY IMAGES)

En octobre 1996, des magistrats européens lancent "l'appel de Genève", un cri d’alarme contre la criminalité financière et ses atteintes à la démocratie. Ce rassemblement de magistrats aux prises avec les pouvoirs économiques et politiques fait l'événement. Le journaliste Denis Robert en tire un livre, La Justice ou le chaos. Dix-sept ans plus tard, francetv info a interrogé, en mai 2013, le juge français Renaud Van Ruymbeke, les Italiens Gherardo Colombo et Edmondo Bruti Liberati, le Belge Benoît Dejemeppe et le Suisse Bernard Bertossa. Quelle serait la teneur, aujourd'hui, de leur appel, face à la globalisation des circuits de l’argent ? Sommes-nous sur le chemin de la justice ou sur celui du chaos ? Voici quelques-unes de leurs réponses.

La Suisse est aussi connue pour son industrie horlogère que pour ses places financières. Alors, quand le procureur général de Genève décide, en 1990, de s’attaquer à l'opacité du monde de l'argent, Bernard Bertossa fait la une de la presse mondiale. Jusqu'aux années 2000, il favorise l’entraide judiciaire dans toutes les grandes affaires financières qui mettent en cause la Suisse. Selon lui, il n'y a aucune raison pour que la quantité d'argent sale en circulation ait diminué en dix-sept ans.

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Evoquer Renaud Van Ruymbeke, c'est presque instantanément ouvrir la boîte de Pandore "des affaires françaises" : Boulin, Urba, Kerviel, Karachi, frégates de Taïwan, ou encore Cahuzac, pour ne retenir que celles-là. Depuis plus de trente ans, le magistrat se frotte aux plus hautes autorités de l'Etat, comme aux entreprises. De quoi lui permettre d’apprécier à sa juste valeur, le chemin parcouru. Alors, justice ou chaos ?

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La Belgique est certes un petit pays, mais les scandales en matière de corruption ne manquent pas. En tant que juge d’instruction, comme en tant que Procureur du roi, le magistrat Benoît Dejemeppe a travaillé sur ce genre de dossiers. 

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C’est au palais de justice de Milan qu’est née, dans les années 1990, l’opération "mani pulite" (mains propres). Aux côtés d’Antonio Di Pietro, le substitut Gherardo Colombo fut l’un des principaux acteurs de ce séisme dans la société italienne. Depuis, le parquet de la Lombardie est resté le fer de lance de l’action judiciaire contre la corruption politique ou économique. Aujourd’hui, l’ancien magistrat pense que l’essentiel reste à faire.

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La corruption, c’est aussi l’obsession du procureur de Milan, Edmondo Bruti Liberati. Un nom en particulier retient toute son attention et cela depuis plusieurs années : Silvio Berlusconi. De son point de vue, tout est fait pour empêcher que l’action judiciaire parvienne à son terme.

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Et en France ? La moralisation de la vie politique voulue par François Hollande est favorablement accueillie par les auteurs de "l’appel de Genève". Pourtant, ils se montrent tous réservés sur l’opportunité de publier le patrimoine des ministres ou des élus. Sans se prononcer sur l'affaire Cahuzac, le juge Renaud Van Ruymbeke souligne que ce type de dossier fait courir à la démocratie le risque du "tous pourris". 

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Comme son collègue français, le Belge Benoît Dejemeppe considère qu’il faut éviter de généraliser la mise en cause des politiques.

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Dix sept ans plus tard, le constat est plus que mitigé, même si des progrès ont récemment été accomplis. Mais gare aux nouvelles puissances d'argent, tient à préciser le Suisse Bernard Bertossa. En Chine comme en Russie, la corruption est endémique. Les conséquences sur les flux financiers mondiaux sont inévitables.

Avec la collaboration d'Hervé Pozzo, Renaud Bernard à Rome, François Beaudonnet à Bruxelles, Anne-Frédérique Widmann de la RTS.

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