Air cocaïne : une fuite des pilotes "par l'outremer"

Quelques détails sur la fuite rocambolesque laissent penser à divers soutiens intérieurs et extérieurs, une fuite qui n'implique pas la France précise le ministère des Affaires étrangères.

(Les deux pilotes français, ici en 2014, étaient censés attendre leur procès en appel sur place, en République dominicaine © MaxPPP)

Bruno Odos et Pascal Fauret devraient s’expliquer dans les heures qui viennent sur les raisons de leur départ imprévu de République dominicaine. En compagnie de deux autres Français, ils étaient censés attendre, libres mais avec interdiction de sortie du territoire, leur procès en appel sur place. Leur retour est un coup de théâtre, visiblement bien organisé auquel la France n'a pas participé, précise le ministère des Affaires étrangères ce mardi. 

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Des scénarios dignes d'opérations secrètes

Les deux pilotes arrêtés en mars 2013 à l’aéroport de Punta Cana ont toujours nié leur implication dans le trafic de cocaïne pour lequel ils ont écopé de 20 ans de prison. Comment-ont-ils pu sortir du territoire dominicain. De quels soutiens ont-ils bénéficié pour rejoindre le sol français ? Selon les informations de France Info, l'exfiltration était très bien préparée selon des plans qui se préparaient depuis la condamnation en aout dernier. La fuite aurait impliqué au total une quinzaine de personnes, des Français et des Dominicains. Les deux pilotes seraient partis à la mi-octobre selon deux scénarios évoqués. 

Ou ils ont pris un petit bateau ou il ont emprunté un hélicoptère. Dans les deux cas, ils auraient été largués en mer pour prendre ensuite un navire en direction de Saint-Martin. Là, ils auraient pris un petit avion pour la Martinique. Une dernière étape avant de monter dans un gros porteur sur un vol régulier vers la métropole le week end dernier.

Quels papiers pour voyager ?

Les deux pilotes n'avaient plus de passeports, confisqués par les autorité dominicaines. Ils auraient voyagé avec de faux document mais tout de même sous leur véritable identité. Ce qui ouvrent la voie à de nombreuses interrogations sur les portes qui se sont ouvertes à eux au fur et à mesure du périple. 

"Ils sont passés par nos territoires d’outremer"

L’eurodéputé Front national, Aymeric Chauprade, apporte un éclairage et quelques détails sur la fuite des pilotes. Il dit avoir dîné avec eux le samedi 17 octobre dans un hôtel du centre de Saint-Domingue. L’élu les a sentis "plein d’énergie ". Les a-t-il accompagnés dans leur périple ? Aymeric Chauprade refuse de répondre à cette question et ne veut pas non plus valider les scénarios qui circulent. En revanche, il confirme les appuis.

"Ils ont été aidés dans cette opération, il fallait une équipe. Ça a manifestement été bien préparé parce qu’on ne sort pas d’une île comme ça. Ils sont passés par nos territoires d’outremer."

Aymeric Chauprade, député européen FN qui a dîné avec les deux pilotes une semaine avant leur départ de République dominicaine
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L’élu frontiste ne veut pas en dire davantage "pour ne pas mettre en péril un certain nombre de personnes". "Ceux qui les ont aidés" dit-il sont "des hommes de bonne volonté qui peuvent venir de partout et de toutes les nations" . Il laisse entendre ainsi que les pilotes ont bénéficié d’une sorte de réseau : "il y suffisamment de patriotes en France pour ne pas oublier des camarades de combat, des gens qui ont servi la France" . Le député européen fait là visiblement référence au passé professionnel des deux pilotes qui sont d’ex-militaires, d'anciens pilotes de chasse.

Par ailleurs, l'avocat des deux pilotes, Jean Reinhart, affirme qu’il n’était pas informé de leurs plans, mais qu’il avait ressenti un changement de comportement. Ils semblaient plus "joyeux" ces derniers temps a-t-il déclaré. 

"Je pense qu’ils commençaient à préparer leur retour et qu’ils avaient noué sur place un certain nombre de contacts et d’amitiés qui ont permis leur retour tranquillement dimanche."

Qui a pu aider les deux pilotes ? Selon l’avocat, l’affaire a grand bruit et "les Dominicains ont été extrêmement choqués de la décision rendue contre les Français ". "Je pense " ajoute-t-il que "les Dominicains ont peut-être beaucoup aidé à ce qu’ils puissent prendre le chemin du retour".

"Les Dominicains ont été choqués de la décision rendue contre les Français" : Jean Reinhart, avocat des deux pilotes français
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Extradition demandée

L’avocat des deux pilotes ajoute qu’il a reçu de nombreux courriels de la part de confrères dominicains qui lui ont dit "bravo de ce qui s’est passé, ainsi vous allez nous aider à ce qu’il y ait une vraie justice ".

En fin d'après-midi ce mardi, la République Dominicaine a indiqué qu'elle lancerait un mandat d'arrêt international contre les deux pilotes français.