Affaire Mohamed Merah : peut-on punir la consultation de sites extrémistes?

Quelques heures après l'épilogue des drames de Toulouse et de Montauban, Nicolas Sarkozy a annoncé un renforcement du dispositif contre le terrorisme. Il a notamment annoncé que serait "désormais" punie "pénalement" la consultation de sites internet faisant l'apologie du terrorisme. Peut-être sur le modèle de ce qui se fait contre les sites pédo-pornographiques.

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"Désormais, toute personne qui consultera de manière habituelle des sites internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence sera punie pénalement ", a déclaré le chef de l'Etat sans entrer dans le détail. Et notamment en ce qui concerne le calendrier politique car si ces nouvelles mesures peuvent être adoptées en Conseil des ministres d'ici au premier tour de la présidentielle, elles ne pourront être votées  au Parlement qu'après le scrutin comme l'a indiqué Valére Pécresse, la porte-parole du gouvernement.

 

Cette annonce du président-candidat a suscité une levée de bouclier.

Ainsi selon Christophe Régnard, le président de  l'Union syndicale des magistrats, elle est inutile car le dispositif actuel est suffisant.  "La vraie question est de savoir comment fonctionne la DCRI,
l'office qui est chargé de faire du renseignement intérieur et donc de
fournir
éventuellement la justice avec ces personnes
susceptibles de préparer des attentats terroristes.
..J'espère
que ces services sont connectés sur l'ensemble de ces sites...Le
problème n'est pas tant de poursuivre que de mener les enquêtes
nécessaires..."

 "On se trompe de cible en s'en prenant à internet, il y avait du
terrorisme avant internet"

"Nous comprenons l'émotion qui entoure cette affaire mais les déclarations de Nicolas Sarkozy nous ont particulièrement inquiété " déclare  Lucie Morillon, responsable du bureau nouveaux médias à RSF.   "On s'inquiète surtout du fait que l'on puisse criminaliser la consultation d'un site internet: est-ce que cela veut dire que l'on va mettre en place en  France une surveillance généralisée du web pour savoir qui a accès à quoi? qu'est-ce qu'un site qui appelle à la violence?  On se trompe de cible en s'en prenant à internet, il y avait du
terrorisme avant internet. Au lieu de criminaliser la consultation des sites, on a
plutôt envie de voir que les efforts se concentrent sur les gens qui alimentent
ces sites et qui sont responsables d'actes terroristes.
"

Le journaliste Jean-Marc Manach est sur la même ligne. Et il ajoute que l'existence de ces sites permet d'assurer leur surveillance. Il était interrogé en direct par Olivier de Lagarde hier soir sur France Info: "On aura beau passer toutes les lois qu'on veut, l'internet en tant que réseau a été fait de telle façon que si on ne peut pas passer par la route A on passe par la B. Donc c'est idiot de vouloir censurer ces rséeaux."