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Rallongement du délai légal de l'IVG : c'est "une mauvaise réponse à une bonne question", dénonce le professeur Israël Nisand

L'IVG doit être traitée "en urgence" quand une femme en fait la demande estime le président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Selon lui, au lieu d'allonger les délais, il faut améliorer "le parcours de soins".

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Radio France
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Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), le 20 juin 2017. (DOMINIQUE GUTEKUNST / MAXPPP)

Les députés ont voté jeudi 8 octobre en faveur d'une proposition de loi du groupe EDS (Écologie, démocratie, solidarité), visant à rallonger le délai légal d'interruption volontaire de grossesse (IVG) de 12 à 14 semaines. 102 députés se sont prononcés pour, 65 contre. Certains ont souligné lors du débat la longueur des délais d'attente, qui empêche parfois d'avorter dans les temps. Pourtant, des gynécologues s'opposent à cette nouvelle mesure comme le professeur Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). "La manière de faire est une mauvaise réponse à une bonne question", dénonce-t-il sur franceinfo.

"Il y a des femmes aujourd'hui à qui l'on donne un rendez-vous pour leur IVG quatre semaines après leur demande", reconnaît-il. "Et là, il n'y a plus qu'une seule solution, c'est d'allonger le délai", concède le gynécologue. Pour éviter d'arriver à cette situation, le CNGOF demande "que l'IVG soit traitée en urgence. Lorsqu'une femme fait la demande, il faut la prendre en charge le jour ou le lendemain".

Une IVG plus tardive est un "acte dangereux"

Israël Nisand explique que l'allongement du délai entraîne des actes plus dangereux et revient à "troquer ce simple geste contre un geste dangereux que les médecins n'aiment pas faire". Cette réticence vient du fait que "le fœtus devient grand", "plus ossifié" et que l'opération devient plus dangereuse pour la patiente.

"Je vous rappelle que nous faisons 233 000 IVG par an, donc on les fait !, se défend-il. "Mais c'est dommage que certaines femmes en arrivent à dépasser le délai, tout simplement parce qu'on ne les a pas pris en charge à temps. Alors, on préférerait vraiment améliorer les parcours de soins". Pour autant, il craint que la mesure du rallongement entraîne des problèmes sur les médecins. "Il y a un certain nombre de collègues qui vont arrêter de les faire".

On va se retrouver avec des problèmes de ressources humaines avec peu de gens pour faire les IVG et on va créer des problèmes là où il n'y en avait pas.

Pr Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français

à franceinfo

Alors que des pays, comme les Pays-Bas, permettent des délais beaucoup plus longs, et accueillent de nombreuses Françaises chaque année, Israël Nisand met en garde sur de possibles séquelles lors d'IVG tardives à l'étranger : "Les femmes qui vont dans ces pays reviennent avec des dilatations complètes de leur col, des déchirures de leur utérus". Il souligne également l'importance de modifier le système de contraception en France pour éviter d'autant recourir à des interruptions volontaires de grossesse.

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