Témoignage "Jean-Michel, Jésus va te guérir de ton homosexualité" : un homme raconte les "thérapies de conversion" qu'il a subies

Article rédigé par
Boris Loumagne - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un crucifix sur l'autel d'une église, à Strasbourg. (JEAN-MARC LOOS / MAXPPP)

À l'occasion de la journée de lutte contre l'homophobie et la transphobie ce lundi, franceinfo a rencontré des victimes de "thérapies de conversion", qui prétendent changer l'orientation sexuelle des personnes LGBT.

À 55 ans, Jean-Michel Dunand se souvient très bien du jeune homme qu’il était à 18 ans : très croyant et gay. Et cette rencontre à l’époque avec ce prêtre, et les paroles de l'homme d'Eglise, comment l’oublier ? "Il m'a dit très simplement : 'Écoute, Jean-Michel, Jésus va sans doute te guérir de cette homosexualité'", raconte-t-il. À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, franceinfo s’intéresse aux "thérapies de conversion", ces pratiques qui prétendent imposer l’hétérosexualité aux personnes lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT+).

Prières de "guérison" et de "délivrance"

Pour Jean-Michel, la rencontre avec ce prêtre marque le début de son emprise spirituelle. Avec d’abord les "prières de guérison", qui ne marchent pas et laissent la place à des "prières de délivrance". "C'était un cran au-dessus, poursuit Jean-Michel. Je me suis retrouvé avec un groupe un peu plus étoffé. Il y avait des paroles de prophétie, des personnes qui ouvrent la Bible au hasard, avec la voix de Dieu qui parlerait quand s'ouvre une page au hasard..."

"On ne sait plus trop où on en est. On est dans une ambiance hyper affective. L'émotionnel est très, très fort et présent."

Jean-Michel

à franceinfo

Évidemment, l’orientation sexuelle de Jean-Michel ne change pas. Aussi, un prêtre décide d’aller encore plus loin. "On m'a proposé un premier exorcisme, se souvient-il. C'est là que l'emprise spirituelle est très perverse : j'ai bien dit oui, mais je n'avais plus de discernement. On m'avait déjà volé toute ma capacité à discerner."

"J'ai vécu une première prière d'exorcisme dans la petite chapelle de la communauté, détaille Jean-Michel Dunand. Et finalement, comme j'étais très fragilisé à la fois physiologiquement, psychologiquement, mon corps a réagi. J'étais attaché sur un lit et mon corps est entré en convulsions et je me suis mis à crier." S’en suivront sept autres séances, puis des tentatives de suicide, jusqu’à la fuite de cette communauté, synonyme de renaissance. "Je suis passé très près de la mort, donc je sais aujourd'hui le prix de la vie, sourit Jean-Michel. Je suis tellement heureux d'être en vie. C'est pour ça que je parle, d'ailleurs !"

"Il faut une parole claire de la part de la Conférence des évêques"

Aujourd'hui, en effet, Jean-Michel parle, et il exige aussi. "Il faut, martèle-t-il, une parole claire de la part de la Conférence des évêques de France, qu'elle dise très clairement que les thérapies de conversion ne sont pas compatibles avec l'Évangile du Christ." Jean-Michel Dunand réclame également que la proposition de loi visant à interdire ces pratiques soit examinée rapidement.

Sur les réseaux sociaux, la mobilisation prend de l’ampleur, via le hashtag RienAGuerir. Les chanteurs Eddy de Pretto et Hoshi ont eux-aussi demandé fin avril aux députés d'agir contre ces pratiques. Au Royaume-Uni, Boris Johnson a même exprimé sa volonté d’y mettre un terme. En France, la députée LREM Laurence Vanceunebrock porte le combat contre ces "thérapies" depuis des années. Elle a déposé une proposition de loi en ce sens.

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