Info franceinfo Hôpital américain de Neuilly : la justice ouvre une enquête pour harcèlement professionnel après le suicide d’un médecin

Le corps de ce médecin anesthésiste avait été retrouvé dans sa voiture, en forêt, au mois de février 2020. Sa veuve dénonce des pressions hiérarchiques au sein de l'hôpital et a porté plainte.

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L'Hôpital américain de Neuilly. (JACK GUEZ / AFP)

Le parquet de Nanterre a ouvert une enquête préliminaire pour harcèlement moral et professionnel après le suicide en février dernier d’un médecin anesthésiste de l'Hôpital américain de Neuilly (Hauts-de-Seine), a appris franceinfo de source judiciaire mercredi 16 décembre. Les investigations ont été confiées à la brigade de répression de la délinquance contre la personne. 

Une pression "insupportable"

L’ouverture de cette enquête fait suite à une plainte contre X déposée au mois de juin dernier par la veuve de ce médecin de 48 ans. Dans cette plainte que franceinfo a pu consulter, cette femme décrit une atmosphère "atroce" et des dysfonctionnements graves connus de la direction de l'hôpital au sein du pôle de réanimation et d’anesthésie. Elle affirme que dans les jours qui ont précédé son suicide, son mari lui a fait part de son intention de quitter l’hôpital à cause d’une pression hiérarchique "insupportable"La veuve du médecin a également précisé aux policiers que son mari "ne connaissait pas de problèmes personnels en dehors de son travail, tant au niveau familial, conjugal que financier".

"Il ne souffrait d’aucune addiction ni de problèmes psychiatriques."

La veuve du médecin

aux policiers

Le corps du médecin, qui travaillait depuis près de dix ans dans cet hôpital très prisé des stars, a été découvert par la police, le 16 février dernier, en forêt de Montmorency dans le Val-d’Oise. Recherché depuis la veille pour disparition inquiétante, l’anesthésiste-réanimateur à l'hôpital américain a été retrouvé inanimé à l’arrière de son véhicule. Selon les conclusions de l’enquête pour recherche des causes de la mort ouverte par le parquet de Pontoise, le médecin s’est lui-même pratiqué une perfusion avec du matériel chirurgical certainement prélevé à l’hôpital américain avant de s’injecter une dose létale. Une autopsie a été pratiquée. Des objets personnels, dont son téléphone mobile, ont été saisis, placés sous scellés par les policiers du commissariat d’Ermont (Val-d'Oise). L’enquête n’ayant aucun caractère criminel, elle avait été classée sans suite.

"Ce geste, ce n'est pas lui"

Contactée par franceinfo, l’épouse du médecin décédé raconte les raisons qui l’ont poussé à porter plainte. "Dans l’une de nos dernières conversations, il me disait : 'Je n’en peux plus de toute cette pression. Je veux quitter cet hôpital. J’en ai ras-le-bol. Je fais mes gardes et on parle calmement de tout ça en vacances.' Le lendemain, il ne nous a jamais rejoints. Nous sommes tous hébétés. C’était quelqu'un de solide, habitué au stress des interventions, absolument pas déprimé et ses enfants représentaient tout pour lui. Ce geste, ce n’est pas lui. Cela ne lui correspond pas."

La veuve du médecin s’interroge sur le rôle de l'encadrement du service auquel appartenait son mari et de la direction générale de l'Hôpital américain dans le geste désespéré de son mari. "Je ne lui connaissais qu’un problème : un problème professionnel. C’était quelqu’un de très pudique mais, à moi, il me racontait tout."

"Depuis des mois, il m’exprimait toutes ses difficultés professionnelles. Il ne trouvait pas de soutien."

La veuve du médecin

à franceinfo

Après plusieurs entretiens infructueux avec la direction de l’Hôpital américain, la femme de l’anesthésiste a décidé de porter plainte. "Je veux savoir, explique-t-elle à franceinfo. Je ne veux pas que ça se reproduise. Comment un système peut broyer un homme aussi solide ?"

Un rapport interne pointe des dysfonctionnements

Près d’un mois après le suicide du médecin, la direction de l’Hôpital américain de Neuilly a missionné une commission d'enquête interne qui a permis d’auditionner une vingtaine de personnes dont les responsables directs du médecin et ses collègues au sein du pôle anesthésie-réanimation. Selon nos informations, les résultats de cette enquête ont été transmis à la direction courant juin. Le rapport conclut à des dysfonctionnements internes au sein du service sans toutefois établir de lien avec la situation de souffrance au travail de l'anesthésiste décédé. Les auteurs de ce rapport interne reconnaissent que le médecin n’a jamais présenté de troubles psychiatriques ou de signes de dépression au sein de l'hôpital avant son passage à l'acte.

L'enquête préliminaire pour harcèlement moral dirigée par le parquet de Nanterre devra établir si la direction de l'hôpital avait connaissance de problèmes graves de management avant le drame ou si des signaux d’alerte avaient été émis concernant ce médecin ou son service. Outre la direction de l'hôpital, l'un des acteurs importants de cette affaire est l'ancien chef du pôle anesthésie-réanimation dont dépendait ce médecin. Selon nos informations, ce médecin, en poste depuis près de deux ans, a été démis de ses fonctions, courant juillet, à la veille de l'ouverture de ces investigations pénales. Contactée par franceinfo, la direction de l'Hôpital américain n’a pas souhaité répondre à nos questions.

En février, le suicide de ce médecin avait provoqué une émotion considérable au sein de la communauté des anesthésistes français et de ses collègues de l'hôpital américain. La Société française d’anesthésie et de réanimation (Sfar) et le Syndicat national des anesthésistes réanimateurs (Snarf) lui ont rendu hommage saluant "un médecin brillant, titulaire d’une thèse de science et de nombreuses publications dans des revues nationales et internationales". Près de 400 personnes, dont une majorité de médecins, ont assisté à son enterrement.

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