Suède : près de 500 comédiennes dénoncent les violences sexuelles et la "culture du silence" dans leur travail

Dans une tribune, 456 comédiennes dénoncent le harcèlement sexuel, les agressions et la "culture du silence" qui sévissent dans les milieux du cinéma et du théâtre suédois. 

L\'actrice Sofia Helin, l\'une des 456 comédiennes signataires d\'une tribune contre le harcèlement et les violences sexuelles dans le théâtre et le cinéma suédois, photographiée le 3 avril 2017. 
L'actrice Sofia Helin, l'une des 456 comédiennes signataires d'une tribune contre le harcèlement et les violences sexuelles dans le théâtre et le cinéma suédois, photographiée le 3 avril 2017.  (STAFFAN L?WSTEDT/SVD / TT NEWS AGENCY)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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"Un collègue ivre m'a agressée après une représentation." Dans une tribune truffée de témoignages, 456 comédiennes dénoncent, jeudi 9 novembre, le harcèlement sexuel, les agressions et la "culture du silence" régnant dans les milieux du cinéma et du théâtre suédois. 

Les signataires de cette tribune fustigent le "culte du génie" qui règne dans les arts de la scène suédois depuis l'époque d'Ingmar Bergman, cinéaste aussi exigeant que révéré. Un "culte" qui, selon ces comédiennes, laisse impunis les agresseurs "tant que ce qu'ils créent est auréolé d'une haute valeur artistique".

"Acteurs et réalisateurs considérés comme des génies sont soutenus par la profession, peu importe ce qu'ils font subir à leurs collègues", écrivent les quelque 500 comédiennes signataires, parmi lesquelles Lena Endre (Millénium), Sofia Helin (The Bridge) et Ruth Vega Fernandez (Wallander, Kyss mig). "A cause de ce statut de stars, leurs agressions n'ont jamais de conséquences", déplorent-elles dans le quotidien Svenska Dagbladet.

"Il m'a demandé s'il pouvait téter mon sein"

Dans cette tribune, plusieurs témoignages anonymes de harcèlement ou de violences sexuelles – au moins deux viols – mettent en cause, sans les nommer, des acteurs et metteurs en scène réputés en Suède comme à l'étranger.

"Je devais jouer une scène d'amour avec ce 'grand acteur'. Je devais être sur lui pendant l'acte sexuel. Au cours d'une répétition, il m'a demandé s'il pouvait téter mon sein gorgé de lait (il savait que j'allaitais) tandis qu'il se pressait contre moi, en érection", témoigne une comédienne. "Je les admirais tant", raconte une autre. "Parmi les plus grands. Lui qui devait jouer mon père et qui m'a prise par le cou en essayant d'enfoncer sa langue dans ma bouche" et "cet auteur dramatique qui avait écrit un beau rôle pour moi dans sa pièce, et dont les mains enserraient soudain ma poitrine dans l'obscurité, derrière la scène".

Alice Bah Kuhnke, la ministre de la Culture suédoise, a jugé "ces agressions gravissimes". Elle a convoqué jeudi les responsables des grandes scènes nationales, le Théâtre dramatique de Stockholm, longtemps dirigé par Ingmar Bergman, le Théâtre national et l'Opéra royal.