#Metooinceste : "Il n'y a pas de numéro inceste info service", déplore le vice-président de l'association "Face à l'inceste"

Patrick Loiseleur affirme sur franceinfo qu'il existe "un déni et un tabou institutionnel" en France vis-à-vis de l'inceste. Il plaide pour la mise en place de campagnes de dépistage et réclame la mobilisation des professionnels de santé.

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Radio France
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Des femmes brandissent des banderoles lors d'une manifestation contre les violences et les agressions sexuelles à Ajaccio, en Corse, le 5 juillet 2020. Photo d'illustration. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

"Il n'y a pas de numéro inceste info service", a déploré lundi 18 janvier sur franceinfo Patrick Loiseleur, le vice-président de l'association "Face à l'inceste", alors que les témoignages sur l'inceste se multiplient sur les réseaux sociaux via le hashtage #Metooinceste depuis samedi, et la parution du livre de Camille Kouchner, La Familia grande, où elle accuse son beau-père Olivier Duhamel d'inceste sur son frère jumeau. "Selon notre sondage sorti en 2009, il faut 16 ans en moyenne [à la victime] avant d'en parler à un membre de son entourage, et donc pour porter plainte, il faut parfois plusieurs années supplémentaires", explique Patrick Loiseur, qui dénonce aussi un "déni et un tabou institutionnel, on ne prononce même pas le mot inceste, on fait comme si ça n'existait pas".

franceinfo : Selon vous, la principale "barrière" pour une victime, c'est le côté tabou ou c'est parce qu'on ne veut pas briser sa propre famille ?

Patrick Loiseleur : Ce sont les deux. Il y a un conflit de loyauté. L'agresseur, c'est souvent quelqu'un qu'on aime, en qui on a confiance. Donc, c'est très compliqué. Dénoncer quelqu'un qu'on aime à la justice, c'est très compliqué, mais il y a aussi un déni et un tabou institutionnel. Il n'y a pas de numéro inceste info service. Il y a bien un numéro tabac info service. Il n'y a pas de plan inceste au niveau du ministère de la Santé, il y a un plan cancer. On ne prononce même pas le mot inceste, on fait comme si ça n'existait pas.

A-t-on des chiffres en moyenne sur le temps que ça prend à une victime de révéler ce qui lui est arrivé ?

D'après le sondage que nous avons sorti en 2009, il faut 16 ans en moyenne avant d'en parler à un membre de son entourage, et donc pour porter plainte, il faut parfois plusieurs années supplémentaires, le temps, par exemple, des soins médicaux pour se reconstruire et être assez fort pour affronter un procès au pénal. On espère [que ce temps du silence va se raccourcir]. Peut-être que s'il y a un changement réel dans la position des pouvoirs publics, s'il y a des campagnes de dépistage, s'il y a une information systématique qui est faite, ne serait-ce que, par exemple, via le carnet de santé ou en passant par les médecins généralistes.

"Il y a beaucoup de choses qui pourraient être faites pour lutter contre cette loi du silence qui, malheureusement, enferme beaucoup de victimes dans l'interdiction de parler."

Patrick Loiseleur, vice-président de l'association "Face à l'inceste"

à franceinfo

De quelle manière les professionnels de santé peuvent-ils se mobiliser par exemple ?

En commençant par poser la question. Combien de médecins généralistes n'ont jamais posé la question à leur patient, dont ils sont même médecin traitant ? La première chose serait de faire un dépistage pour avoir une idée, pour avoir peut-être des chiffres officiels. Nous avons publié un sondage Ipsos en novembre 2010 qui montre que 10% des personnes interrogées déclarent être des "survivantes de l'inceste." Mais combien d'entre-elles en ont parlé à leur médecin ? Combien sont informées que si elles en ont besoin, elles peuvent être prises en charge à 100% par la Sécurité sociale au titre d'une Affection Longue Durée (ALD) ?

Peut-il y avoir débat quant à la question de l'âge du consentement dans l'inceste ?

Nous voulons que l'inceste soit strictement interdit sur tout enfant de 0 à 18 ans et que dans aucun dossier judiciaire, l'avocat ne puisse plaider le consentement de l'enfant. Cela n'a aucun sens. Le seuil d'âge, on peut en discuter dans le cadre de la pédocriminalité, mais dans le cas de l'inceste, ça doit être 18 ans, évidemment.

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