Inceste : le travail de la Ciivise "répond à un besoin vital" et doit "se poursuivre", plaide son co-président

Le co-président de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, Edouard Durand, était l'invité de franceinfo, ce jeudi.
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Edouard Durand, juge des enfants, et co-président de la commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), le 31 mars 2022 sur franceinfo. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Le travail de la Ciivise, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, "malheureusement ne sera pas terminé" dans deux mois, date à laquelle sa mission de deux ans doit s'achever, affirme son co-président Édouard Durand ce jeudi sur franceinfo. La Ciivise, cette commission indépendante d'enquête française sur l'inceste a été créée en mars 2021, après l'émergence du mouvement #MeToo inceste. Son mandat doit prendre fin en novembre 2023. 

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"160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles dans notre pays", rappelle le magistrat, qui ajoute que le travail de la Ciivise ne sera "heureusement pas terminé aussi parce que c'est un espace de solidarité et de légitimité magnifique. 27 000 témoignages, ça veut dire que la Ciivise répond à une attente et un besoin vital.

27 000 témoignages

Deux ans après sa création, la Ciivise, la Commission dédiée à la lutte contre l'inceste et les violences sexuelles faites aux mineurs, annonce avoir reçu 27 000 témoignages. Seule 1 victime sur 5 déclare avoir saisi la justice et 13% de ces plaintes ont abouti à une condamnation de l'agresseur. Seulement 13% de ces victimes disent avoir révélé ce qu'elles avaient vécu au moment des faits et seules 8% disent avoir reçu un accueil positif de leur confident ou des autorités quand ils ont dénoncé les faits. Même quand elles ont été crues, seulement la moitié des victimes affirment avoir été protégées et soignées. 

Les faits d'inceste ont aussi des conséquences graves sur la santé des victimes. 40% d'entre elles souffrent de problèmes d'addiction à la drogue ou à l'acool et la moitié ont développé des troubles alimentaires. A contrario, 62% des victimes qui ont été protégées ne rapportent aucun impact sur leur santé physique.

franceinfo : Vous publiez un bilan d'étape à deux mois du 20 novembre, date arrêtée pour la fin de la mission de la Ciivise. Mais pour vous, son travail doit continuer ?

Édouard Durand : Malheureusement, son travail ne sera pas terminé : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles dans notre pays chaque année. Et heureusement, il ne sera pas terminé aussi parce que c'est un espace de solidarité et de légitimité magnifique. 27 000 témoignages, ça veut dire que la Ciivise répond à une attente et à un besoin vital. Et je ne comprendrais pas pourquoi on dirait à ces personnes 'On vous a assez entendues'. Ce qui produit du bien, il faut le poursuivre.

C'est donc un travail sans fin ?

Bien sûr. Une société ne pourra jamais dire 'Nous avons complètement lutté contre le déni de l'inceste et de toutes les violences sexuelles faites aux enfants.'

Lorsque la justice requiert un non-lieu, ça décourage les victimes ?

La société envoie sans cesse des injonctions paradoxales aux victimes de violences sexuelles, et aux adultes qui les soutiennent : 'Vous pouvez dire les violences, faites nous confiance, mais nous ne vous protégerons pas et nous dirons que vous mentez.'

Le doute doit cependant profiter à l'accusé ?

Nous avons des principes fondamentaux et le juge que je suis évidemment les respecte. Ils sont ce qui nous fait tenir, mais nous les interprétons de façon erronée : la présomption d'innocence n'a jamais été conçue pour générer un système d'impunité des agresseurs. Je rappelle que seulement 3% des plaintes pour viols sur mineurs donnent lieu à la condamnation du mis en cause. Nous devons progresser et nous le mettons en évidence aujourd'hui, dans ce dossier de fidélité à la parole donnée. C'est un besoin vital, c'est-à-dire de vie ou de mort d'être reconnu dans sa parole. Le passage à l'acte de l'agresseur, c'est un anéantissement.

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