Harcèlement de rue : des milliers de témoignages recueillis par "Paye Ta Shnek"

Depuis six ans, Anaïs Bourdet travaille sur le harcèlement sexiste dans l'espace public. Elle a recueilli plus de 15 000 témoignages sur son Tumblr "Paye Ta Shnek".

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Brut.France Télévisions

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"Avec ton short, tu t’étonneras pas si j’te viole". C’est l’un des 15 000 témoignages recueillis par le Tumblr "Paye Ta Shnek". Anaïs Bourdet l’a créé en 2012 et y rapporte le harcèlement sexiste dans l’espace public. 

Son idée lui est venue après avoir vu le documentaire, en 2012, de la Belge Sofie Peeters qui avait tourné en caméra cachée à Bruxelles pour révéler les comportements des hommes de son quartier à son égard. Après cette vidéo, Anaïs Bourdet s’était "identifiée" à la jeune femme puisqu’elle avait vécu une situation similaire quelques jours après : "J’ai été poursuivie en voiture par homme dans les rues de Marseille. Il m’avait interpellée au feu rouge en étant très clair sur ses intentions, c’était très sexuel. Il n’y a pas eu d’accident ni quoi que ce soit, mais je suis rentrée chez moi absolument terrorisée." Après cette expérience, c’est la première fois qu’elle en discutait avec des amies et s’est rendue compte que "toutes avaient des expériences à raconter là-dessus."

Les différentes formes de harcèlement dans l'espace public

Le harcèlement de rue, elle le définit par "des comportements très variés" et des phrases qui sont la plupart du temps "très vulgaires, violentes et très sexualisées." De la même manière, ça se passe "parfois en groupe, seule, le jour, la nuit, dans des coins dans lesquels il n’y a personne, dans des endroits très fréquentés. Ça prend des formes ultra-variées." indique Anaïs Bourdet. Le point commun à toutes formes, affirme la jeune femme, c’est "la peur"

Par ailleurs, Anaïs Bourdet explique qu’il n’y a pas de profil type de harceleur, au contraire, elle a constaté que "tous les profils sont représentés. Ils peuvent avoir tout âge et sont de toute origine, de tout milieu social, toute confession ou non confession. Aucun type d’homme n’a le privilège de ce genre de comportement." De la même manière, l’espace public n’est pas "le seul espace d’illustration du harcèlement" mais peut avoir lieu "dans la presse, la politique, le milieu des avocats, celui de la médecine aussi bien que celui de l’enseignement."

En outre, un des autres pendants du harcèlement dans l’espace public, c’est le harcèlement sur internet. À la différence du premier, dans lequel "on n’est pas amené à revoir la personne qui a eu un comportement gênant vis-à-vis de nous", au travail, par exemple "on la fréquente et sur internet, ça peut être des milliers de personnes qui s’acharnent sur une seule. Et ça peut durer des semaines, voire des mois et ne jamais s’arrêter." alerte Anaïs Bourdet. Finalement, toutes ces formes de harcèlement : espace public, travail, vie privée et internet, "s’internourrissent" pour la jeune femme. 

L'arme essentielle pour lutter contre harcèlement, c'est "l’éducation"

Pour ceux qui s’inquiètent désormais de ne plus pouvoir "draguer dans la rue", Anaïs Bourdet rappelle que l’idée fondamentale à intégrer c’est la notion de "consentement". Donc, explique-t-elle, "si on se rend compte que la personne en face ne répond pas ou répond négativement, il ne faut pas insister." Elle tient également à rappeler que "bien souvent, quand on est dans l’espace public, on est là pour se déplacer. Il faut quand même avoir en tête quand on essaye d’aborder quelqu’un, que cette personne n’est pas là pour faire des rencontres et donc qu’elle peut ne pas être disponible, ne pas avoir envie, etc. Il faut toujours respecter la réponse négative ou l’absence de réponse de la personne à qui on s’adresse."

Pour lutter contre le harcèlement, Anaïs Bourdet estime que l’arme essentielle c’est "l’éducation" : "Tous ces comportements sont issus de constructions sociales et le principe c’est de déconstruire ces comportements-là. Tant qu’on est dans la répression, on ne cherche pas à régler le problème à sa source mais on met un pansement sur une plaie béante." D’autre part, la jeune femme préconise de "prendre en compte toutes les formes de harcèlement, tous les lieux dans lesquels il s’illustre. Sinon, de toute manière, on va toujours laisser des traces de harcèlement un petit peu partout et on ne règlera jamais le problème dans sa globalité."

Ses techniques pour faire face au harceleur sans prendre de risques

Elle partage également ses petites techniques qui permettent de "rendre un très grand service en prenant très peu de risques" pour faire face personnellement au harceleur ou bien aider une personne qui en est victime, tout en précisant "qu’il n’y a pas une technique qui peut fonctionner parce que souvent on est sidéré." Tout de même, il y en certaines qui consistent à "nommer une personne et vraiment la décrire pour que toute l’attention se détourne sur elle et qu’elle ne puisse plus faire comme si elle n’avait pas vu."

Sinon, "on peut arriver vers la personne qui est harcelée en faisant comme si on la connaissait. Ou l’entraîner quelque part, ou rester suffisamment avec elle pour que le harceleur finisse par s’en aller." Une autre technique qui existe consiste à "s’adresser au harceleur mais de manière totalement hors-sujet, de manière très détendue en lui demande par exemple à quelle station il faut descendre pour aller à la mairie ou s’il a l’heure. Ça permet de faire redescendre la pression et laisser le temps à la victime de s’en aller."

Harcèlement de rue : des milliers de témoignages recueillis par \"Paye Ta Shnek\"
Harcèlement de rue : des milliers de témoignages recueillis par "Paye Ta Shnek" (BRUT)