Arrêt de Paye ta shnek : "Après #MeToo et #BalanceTonPorc, on ne voit pas de recul de ces violences", explique la fondatrice de la plateforme

Anaïs Bourdet, invitée de franceinfo, explique pourquoi elle a décidé de fermer son site internet, entre fatigue et découragement.

Capture d\'écran du logo du site \"Paye ta shnek\". 
Capture d'écran du logo du site "Paye ta shnek".  (PAYETASHNEK)

Anaïs Bourdet, la graphiste et créatrice de Paye ta shnek, une plateforme participative regroupant des témoignages de femmes qui ont été victimes de harcèlement, annonce la fermeture du site lancé en 2012.  

franceinfo : Pourquoi fermez-vous ce site lancé en 2012 ?

Anaïs Bourdet : Il y a deux facteurs. Déjà le fait que j'ai envie de me protéger puisque au bout de sept ans je suis un peu épuisée. Mais il y aussi le fait qu'il n'y a eu aucun progrès sur ces sujets-là. En sept ans, après 15 000 témoignages, je reçois toujours autant de témoignages, et moi-même je vis toujours autant d'épisodes violents. J'estime qu'il faut passer à une étape supérieure puisque témoigner ne suffit plus après Me Too et Balance ton porc, on ne voit pas de recul de ces violences.

Quelle est l'étape suivante ?

Je n'ai pas forcément la solution, je suis une femme harcelée parmi tant d'autres. Pour ma part j'essaie avec le podcast Yes de passer sur quelque chose de plus positif : d'armer les femmes, de partager des stratégies qui fonctionnent dans des situations de harcèlement et de discrimination, et donc de partager de l'inspiration entre femmes. Je travaille aussi sur de la formation dans des lieux qui souhaitent mieux s'armer contre le harcèlement. De mon côté, c'est la méthode que j'adopte mais je pense aussi aux manifestations qui ont eu lieu en Suisse il y a quelques jours. Il faut passer à un cran supérieur puisque pour l'instant visiblement le fait qu'on prenne la parole et qu'on dénonce ces violences ne les fait pas reculer concrètement. Il y a une belle prise de conscience mais en pratique ça ne génère pas de vrai changement. Je n'ai plus envie de dire aux femmes "faites-vous violence, parlez, ça va changer les choses" puisque je ne suis pas en mesure de leur garantir que ça va changer les choses.

Est-ce que cette forme de déception vient aussi du fait que cette libération de la parole n'a pas été suffisemment accompagnée ?

C'est certain puisqu'on est encore à l'heure actuelle à la recherche de la répression, c'est-à-dire comment punir ces comportements. On ne se demande toujours pas comment on peut arrêter de les fabriquer.Comment se fait-il qu'il y ait autant de personnes qui harcèlent, de personnes racistes, de personnes homophobes dans une même société ? C'est bien qu'à un moment, si on n'a pas réglé le problème, il faut chercher à l'origine. Donc j'ai passé sept ans à dire qu'il fallait se pencher sur l'éducation, et faire un véritable plan d'éducation très large pour éduquer activement à l'égalité dès la maternelle et que ce soit suivi en primaire, collège et lycée. 

Un nouveau compte twitter @arretonsles a été lancé par le gouvernement pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes. Est-ce que cela répond à vos attentes ?

Je n'ai pas encore regardé le fonctionnement de ce compte, mais a priori, je me permets de douter un petit peu. Ce n'est pas ce que j'attends, ce n'est pas assez efficace. Il s'agit de mesures de communication qui marchent très bien en matière de communication, mais après sur les effets qu'elles peuvent avoir réellement sur la société je suis sceptique.