Grève à la SNCM : le conflit s'enlise et les tensions s'accentuent

Après 11 jours de grève, la situation se tend à la SNCM, à la veille du premier week-end des vacances. En Corse, les professionnels pénalisés économiquement par l'absence de liaison maritime se radicalisent.

(Un marin gréviste sur le port de Marseille, le 1er juillet © MAXPPP / La Provence)

La scène pourrait être banale. Ce vendredi, le Jean-Nicoli, navire de la SNCM, est entré dans le port de Marseille. Hier, il avait pu quitter la Corse, où il était bloqué à quai depuis le début de la grève des marins, le 24 juin. Des affrontements avaient eu lieu sur le port de Porto Vecchio entre les marins et des professionnels, principalement des commerçants et des artisans, qui demandent l'arrêt du mouvement social qui asphyxie l'économie Corse, totalement dépendante du trafic de fret. Car depuis onze jours, les navires SNCM qui font habituellement les liaision entre la France la Corse et l'Afrique du Nord sont paralysés.

La résolution du conflit ne semble pas proche. Selon Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, qui était ce vendredi l'invité de France Info, où il a aussi dénoncé les actes de violences du port de Porto Vecchio, estime que "les conditions d'exploitation ne sont pas réunies pour qu'il puisse y avoir une sortie du conflit ".

"L'Etat doit prendre ses responsabilités"

Les grévistes demandent des assurances sur la mise en oeuvre du plan industriel de l'ancienne direction de la compagnie, dont Transdev a pris le contrôle le mois dernier, dénoncent le revirement de l'Etat, actionnaire à 25% de la SNCM. Il avait d'abord soutenu ce plan qui prévoit la suppression de 500 emplois sans licenciement sur 2.600 et l'achat de quatre nouveaux navires, avant d'y renoncer. L'actionnaire principal, Transdev, n'a lui jamais cru à ce plan qu'il juge irréaliste étant donné la situation financière de la SNCM, aggravée par la décision de la Commission européenne de lui réclamer le remboursement de 440 millions d'euros d'aides de l'Etat jugées illégales.

La situation financière du groupe pourrait être mise en difficulté par la poursuite de cette grève. La direction affirme perdre déjà "environ 500.000 euros par jour ", et craint que les pertes n'augmentent en pleine saison : la moitié du chiffre d'affaire de la SNCM est réalisé sur la période d'été. "L'Etat est face à ses responsabilités, c'est lui qui va décidé par son attitude comment va se passer le premier weekend de départs en vacances et le reste de la saison ", maintient Yann Pantel, délégué CGT des marins. Olivier Diehl, le nouveau patron de la compagnie, a lui brandi mardi la menace de la "liquidation " si le conflit perdurait.

Les professionnels corses mobilisés contre la grève

Il risque d'avoir du mal à se faire entendre : l'annonce lundi soir par le secrétaire d'Etat aux Transports Frédéric Cuvillier de la nomination de Louis Gallois pour "établir un plan stratégique de soutien aux compagnies de transport maritime françaises " n'a pas altéré la motivation des syndicats. Ils souhaitent rencontrer Manuel Valls et Arnaud Montebourg.

En attendant une résolution, la colère des commerçants et artisans corses monte. Des organisations professionneles, des transporteurs et des agriculteurs doivent se retrouver cet après-midi devant les préfectures de Bastia et d'Ajaccio. Ils demandent la reprise du trafic dès samedi, et l'ouverture de négociations avec les marints de la SNCM dont ils dénoncent dans une communiqué les "grèves à répétition " qui placent la Corse dans une "situation économique dramatique ".

Face à la radicalisation des grévistes et des socioprofessionnels qui se radicalisent, le président du Conseil exécutif de Corse et député de Haute-Corse Paul Giacobbi a lancé ce vendredi un appel à la raison, et appelé l'Etat à prendre ses responsabilités en assurant la iberté de circulation maritime "en dépit de ses engagements réitérés ".