Ce que l'on sait de l'affaire Magali Blandin après les aveux de son mari, incarcéré pour meurtre

Jérôme Gaillard, 45 ans, a avoué en garde à vue "être l'auteur du meurtre prémédité de son épouse avec laquelle il était en instance de divorce", a annoncé samedi le procureur de Rennes. Mais il n'est pas la seule personne poursuivie dans cette affaire de féminicide conjugal.

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Philippe Astruc, le procureur de la République de Rennes, lors d'une conférence de presse à Rennes (Ille-et-Vilaine), le 20 mars 2021. (DAMIEN MEYER / AFP)

Elle était portée disparue depuis le 11 février. Magali Blandin, éducatrice spécialisée de 42 ans, et mère de quatre enfants, a été retrouvée morte près de Rennes sur l'indication de son mari. C'est ce qu'a annoncé le procureur de la République de Rennes, Philippe Astruc, lors d'une conférence de presse, samedi 20 mars. 

Jérôme Gaillard a avoué en garde à vue "être l'auteur du meurtre prémédité de son épouse avec laquelle il était en instance de divorce", a déclaré le magistrat, précisant que l'homme de 45 ans avait été mis en examen et incarcéré. Franceinfo détaille ce que l'on sait de l'enquête autour de ce féminicide conjugal, alors que cinq autres personnes, dont les parents du mari, ont également été mises en examen et placées en détention provisoire.

Le corps de la victime retrouvé en forêt

Philippe Astruc a déclaré qu'un corps, "très certainement celui de Magali Blandin", avait été retrouvé dans un bois de Boisgervilly, à deux kilomètres de Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) où vit son mari. Une autopsie doit permettre de confirmer qu'il s'agit bien de Magali Blandin.

Sa disparition avait été signalée le 12 février par une collègue, elle-même alertée par l'école, constatant qu'elle n'était pas venue récupérer ses enfants.

Son mari a reconnu l'avoir tuée

Placé en garde à vue jeudi 18 mars, Jérôme Gaillard a avoué avoir tué Magali Blandin le matin du 11 février, après avoir déposé ses enfants à l'école et l'avoir attendue devant son appartement de Montfort-sur-Meu. Selon son récit, il lui a asséné deux violents coups de batte de baseball, provoquant sa mort, qui a été certainement été "extrêmement rapide", a relevé Philippe Astruc. "Il dit que lorsqu'elle est sortie, il lui a asséné un violent premier coup de batte de baseball puis un second pour s'assurer de son décès avant de rentrer le corps dans l'appartement où elle logeait, et refermer la porte derrière lui", a relaté le magistrat.

Jérôme Gaillard est ensuite revenu dans l'appartement la nuit suivante pour "effacer méticuleusement" les traces de son crime et enterrer le corps dans un trou, qu'il avait creusé lui-même, dans une forêt enneigée, après avoir recouvert le corps de chaux vive, toujours selon les éléments fournis par le procureur.

Le mari de Magali Blandin a été mis en examen pour "tentative de meurtre par conjoint" pour un premier projet criminel ourdi fin 2020 et pour "meurtre par conjoint" avant d'être placé en détention provisoire. 

Le couple était en instance de divorce

Magali Blandin avait quitté son mari en septembre. Elle avait déposé plainte contre lui pour violences conjugales et avait déclaré à cette occasion "avoir pu elle-même se montrer violente", selon le parquet, qui a classé la plainte sans suite. Les quatre enfants du couple, âgés de 4, 7, 12 et 14 ans, avaient été placés en urgence le 5 mars. Ils sont désormais pris en charge par une équipe médico-légale.

L'avocat de Jérôme Gaillard, Jean-Guillaume Le Mintier, a déclaré samedi à France Bleu Armorique que son client s'était "retrouvé dans une impasse psychologique après le départ de son épouse, qu'il n'avait pas du tout anticipé". Il a aussi déclaré en garde à vue qu'"il y avait un problème de communication dans leur couple et qu'elle était partie comme ça, du jour au lendemain, sans lui expliquer". 

"Ce qui l'a conduit à commettre cet acte, c'est la peur de perdre la garde de ses enfants", a également expliqué Jean-Guillaume Le Mintier. "Notamment après une audience, prévue le 8 mars devant le juge des affaires familiales" poursuit-il. "Il était presque convaincu qu'il allait perdre la garde de ses enfants. Il s'est dit : 'Il ne faut pas que la fratrie soit divisée.'"

Jérôme Gaillard, qui est sans emploi, restaurait sa maison et louait des hangars. L'enquête avait mis "en lumière un contexte de tension au sein du couple lié notamment à la gestion des ressources du ménage".

Les parents du mari et trois membres de la communauté géorgienne mis en examen et incarcérés

Selon le procureur de Rennes, "ce crime, qui s'inscrit dans la triste liste des homicides conjugaux, trouve sa spécificité dans son inscription dans une bande organisée qui regroupe tant les parents de Jérôme Gaillard que des proches de la communauté géorgienne à laquelle il loue un hangar".

Les parents de Jérôme Gaillard, âgés de 72 et 75 ans, ont été mis en examen, notamment pour "complicité de meurtre par conjoint", et placés en détention. De son côté, l'avocat de Jérôme Gaillard a déclaré que son client était "le seul et unique responsable de ce crime". Selon lui, son client "affirme que ses parents sont étrangers à ce projet criminel, qu'ils étaient simplement informés qu'il allait très très mal".

Mais Philippe Astruc a évoqué un scénario "d'une très grande complexité". Selon les éléments de l'enquête, un "complot criminel" visant à éliminer Magali Blandin s'est amorcé dès novembre 2020 entre le mari et ses relations géorgiennes, auxquelles il a versé 20 000 euros pour exécuter son épouse. Les Géorgiens, eux, contestent tout lien entre la somme versée et la disparition de Magali Blandin.

Néanmoins, trois Géorgiens ont été interpellés et mis en examen, plus tôt dans la semaine. Jérôme Gaillard avait informé le juge instructeur, le 4 mars, qu'il était victime d'une "tentative d'extorsion d'une somme de 15 000 euros" et qu'il se sentait "menacé"

"Certains Géorgiens, disposant d'un enregistrement du mari où il déclarait son intention de tuer sa femme, ont exercé sur lui un chantage en l'invitant à leur remettre 15 000 euros en échange de leur silence."

Philippe Astruc, procureur de la République de Rennes

lors d'une conférence de presse

Les auteurs de cette tentative d'extorsion sont deux hommes, nés en 1975 et 1990, et une femme née en 1996. Ils sont poursuivis pour "tentative d'extorsion en bande organisée". L'un d'eux, dont la présence à proximité du domicile de Magali Blandin est avérée, est également mis en examen pour "meurtre en bande organisée", selon le procureur. Ces deux hommes ont été incarcérés.

De plus, un voisin géorgien du mari, né en 1981, a été mis en examen samedi soir pour "tentative d'extorsion en bande organisée" et "destruction de preuve d'un crime pour faire obstacle à la manifestation de la vérité". Il a également été placé en détention provisoire.

La ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes se dit "touchée"

Elisabeth Moreno a réagi dimanche sur franceinfo, au lendemain de la conférence de presse du procureur de Rennes. "Je suis tellement touchée par le drame de Magali Blandin et de ses quatre enfants qui sont aujourd'hui orphelins parce qu'un homme n'a pas accepté qu'elle le quitte", a-t-elle déclaré. Ce drame "me donne encore plus de détermination pour lutter contre ce fléau dans notre pays et nous y sommes totalement mobilisés", a assuré la ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes.

Meurtre de Magali Blandin : ce drame "me donne encore plus de détermination pour lutter contre ce fléau" des féminicides

Les féminicides conjugaux "arrivent en général lorsque les hommes refusent que les femmes refusent les violences dont elles sont victimes", a expliqué Elisabeth Moreno. Elle a notamment insisté sur l'importance de continuer à "travailler d'arrache-pied" avec les ministères de l'Intérieur, de la Justice et de la Santé et avec "tous les ministères pour éduquer et sensibiliser" mais surtout "pour sanctionner".

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