Comment les Femen ont perturbé le salon musulman du Val-d'Oise

Deux militantes féministes ont perturbé la troisième édition du salon musulman, qui se tenait samedi à Pontoise (Val-d'Oise). Elles ont été violemment écartées de la scène sur laquelle s'exprimaient deux imams controversés.

Deux militantes du mouvement féministe Femen ont perturbé, samedi 12 septembre, un salon consacré à la femme musulmane, à Pontoise (Val-d\'Oise).
Deux militantes du mouvement féministe Femen ont perturbé, samedi 12 septembre, un salon consacré à la femme musulmane, à Pontoise (Val-d'Oise). (CAPUCINE HENRY / FEMEN)
avatar
Simon GourmelletFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Nouveau coup d'éclat des Femen. Deux militantes du mouvement féministe ont perturbé, samedi 12 septembre, la troisième édition du salon musulman, qui se tenait au parc des expositions de Pontoise (Val-d'Oise). Les deux femmes ont été violemment écartées de la scène sur laquelle s'exprimaient deux imams controversés. 

Durant tout le week-end étaient organisés des conférences, des ateliers cuisine ainsi qu'un défilé de mode traditionnelle musulmane. Mais c'est samedi soir, vers 20 heures, que les Femen avaient ciblé leur action. Les imams controversés Mehdi Kabir et Nader Abou Anas étaient invités à s'exprimer sur le thème de "la valorisation de la femme en islam", rapporte Buzzfeed.

C'est alors que deux Femen sont montées sur scène, vêtues d'une cape, qu'elles ont enlevée au dernier moment. Torses nus, on les entend crier en arabe et en français, dans la vidéo ci-dessous,  "personne ne me soumet, personne ne me possède, je suis mon propre prophète". Des slogans qui étaient également peints sur leurs poitrines et leurs dos nus.

Aussitôt, les deux femmes sont violemment prises à partie par des hommes montés sur scène. La première est conduite derrière des panneaux encadrant la scène. La seconde est dirigée elle aussi vers les coulisses, mais elle tombe, avant d'être rouée de coups de pied. Un homme qui filmait les Femen a été, lui aussi, frappé par le service de sécurité et quelques individus, rapporte Buzzfeed.

Prises en charge par la police, les deux activistes ont été évacuées de la salle avant d'être placées en garde à vue. Elles ont été relâchées dans la nuit, a indiqué le parquet de Pontoise (Val-d'Oise), ajoutant que les organisateurs du salon avaient annoncé leur intention de déposer plainte.

"Les disciples misogynes d’Allah"

Au-delà de la dénonciation de ce que les Femen appellent, sur Facebook, "la Foire de l’oppression des femmes", l'organisation visait deux imams biens connus pour leurs positions radicales sur le statut de la femme musulmane. Des "disciples misogynes d’Allah", selon les Femen.

Il s'agit de Mehdi Kabir, imam de Villetaneuse (Seine-Saint-Denis), connu pour avoir dénoncé les femmes "qui sortent parfumées (…) comme si elles cherchaient un autre époux", et ajoutant que "la femme qui sera sortie parfumée est une fornicatrice". Le second, Nader Abou Anas, est imam de la mosquée Al-Imane du Bourget (Seine-Saint-Denis). Et il n'est pas plus tendre avec les femmes dans ses prêches, puisqu'il affirme que l'homme a tous les droits sur son épouse. Dans cette vidéo, il précise ainsi : la femme ne doit sortir "de chez elle qu’avec la permission de son mari (…) Le soir, il a un besoin, il a une envie, elle ne veut pas. L’homme, il craque. Qu’elle sache que les anges la maudissent toute la nuit dans le cas où elle se refuse à son mari sans raison valable."

Mais samedi soir, le discours était totalement différent. En préambule de leurs interventions sur la scène, et avant d'être coupés par les Femen, les deux religieux ont dénoncé des vidéos "tronquées". Ils ont notamment expliqué que, si l'homme à autorité sur sa femme, "le Coran ne dit pas à l’homme de se comporter comme un tyran, ni de se faire servir". Nader Abou Anas a même prévenu : "A toute personne qui agit mal avec sa femme, craignez Allah." 

La version des Femen contredite

Comme à chaque fois lors de leurs actions, le dispositif des Femen était bien préparé, tout comme le discours de leur leader, Inna Shevchenko. Interrogée par l'AFP, elle a expliqué ainsi que les "deux imams étaient en train de parler de la question de savoir s'il faut battre ou non sa femme". Une version contredite par un journaliste de Buzzfeed France, qui était présent dans la salle.

Un salon controversé

Avant même la tenue du salon musulman du Val-d'Oise, une pétition réclamant son interdiction avait recueilli près de 6 000 signatures sur le site change.org. L'initiateur de cette pétition avait déjà dénoncé la présence, parmi les invités, de "prédicateurs fondamentalistes tels que Nader Abou Anas". La militante féministe Caroline Fourest avait, elle aussi, dénoncé sur Twitter le "racisme" et "la misogynie" du salon.

Le Parti des radicaux de gauche (PRG) du Val-d'Oise a jugé, pour sa part, "inopportune", dans un communiqué, la venue de ces prédicateurs "au moment où Cergy-Pontoise accueille des réfugiés syriens qui fuient les horreurs perpétrées dans leur pays par des extrémistes barbares qui justifient leurs crimes par des interprétations archaïques de la tradition musulmane".