Fin de vie : les seniors mis en examen dans un trafic de Nembutal, un puissant anesthésiant, refusent d'être considérés comme des délinquants

Onze militants d'une association pro-euthanasie ont été mis en examen notamment pour l'achat d'une molécule qui est interdite en France mais utilisée dans les pays où le suicide assisté est autorisé.

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Radio France
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Illustration fin de vie. (XAVIER DE TORRES / MAXPPP)

Ils militent en France depuis plusieurs années pour le droit au suicide assisté et à l'euthanasie. Onze militants de l'association Ultime Liberté ont été mis en examen pour acquisition, détention, importation en contrebande, ou encore propagande en faveur d'un puissant anesthésiant permettant de donner la mort. Ces 11 personnes sont âgés de 70 à 95 ans. On retrouve d'anciens profs, d'anciens médecins ou d'anciens professionnels libéraux qui assument, mais refusent d'être considérés comme des délinquants.

Au départ de l'affaire, il y a l'interpellation d'un trafiquant de médicaments en Californie. Dans son ordinateur, les policiers américains trouvent des dizaines de contacts, entre autre en France, d'acheteurs de Nembutal. Cet anesthésiant est aussi appelé "la pilule douce", un liquide - pourtant amère au goût - qui bien dosé agit en 15 minutes. La molécule est utilisée pour le suicide assisté dans les pays où c'est autorisé, mais elle est interdite en France. 

Les gendarmes français ont donc épluché le fichier américain et mené un coup de filet avec des perquisitions dans tout l'Hexagone, saisie de 138 flacons. Mais rarement plus de deux flacons ont été retrouvés au domicile de chacun des acheteurs. Il s'agit souvent de seniors qui se sont procurés leur Nembutal sur internet comme une assurance de pouvoir s'offrir une "mort douce" le moment venu. 

"On n'est pas du tout dans la délinquance"

Claude Hury, 71 ans, présidente de l'association Ultime Liberté, est mise en examen dans ce dossier. Elle ne se sent pas délinquante, n'a jamais rien vendu, elle se veut "passeuse d'informations" seulement au sujet de ce produit. "Je veux mourir dans mon jardin. C'est une petite phrase qui résume bien notre philosophie. C'est moi qui décide de mourir. Je n'ai pas peur de parler de la mort. Dans mon jardin, je choisi de mourir entourée de ma famille, si elle le souhaite, et de mes amis avec une mort douce, évidemment."

"En créant l'association, on est dans la responsabilisation de chaque adhérent. C'est sa responsabilité, une fois qu'il a la formation, de commander s'il le souhaite par internet, et par ses propres moyens."

Claude Huré, présidente de l'association Ultime Liberté

à franceinfo

L'association livrait des conseils pour ne pas se faire escroquer, trouver des sites internet fiables au Mexique, au Pérou ou en Thaïlande. Les 11 militants mis en examen savent qu'ils risquent un procès en correctionnel. Ils reconnaissent s'être placés dans l'illégalité, mais parlent de légitimité. "On n'est pas du tout dans la délinquance, explique Maître Frédéric Verra, un de leurs avocats. On est dans des combats tels que la lutte pour l'avortement en son temps. On entend des revendications qui ensuite deviennent du droit positif, où on se demande comment on a pu faire pour se comporter comme ça avant."

"Ces gens-là sont certainement des précurseurs, sachant qu'un certain nombre d'États ont déjà des législations beaucoup plus en avance que celle qu'on a en France, comme la Suisse et la Belgique où un certain nombre de choses sont pratiquées de manière quotidienne."

Maître Frédéric Verra

à franceinfo

En France, chaque année, plus de 3 000 personnes de plus de 65 ans se suicident, souvent de manière violente. C'est la classe d'âge la plus exposée.


Si vous avez besoin d'aide, si vous êtes inquiet ou si vous êtes confronté au suicide d'un membre de votre entourage, il existe des services d'écoute anonymes. La ligne Suicide écoute est joignable 24h/24 et 7j/7 au 01 45 39 40 00. D'autres informations sont également disponibles sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.

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