Débat sur la fin de vie : "Les dispositifs qui existent aujourd'hui ne suffisent pas", selon Alain Claeys, co-auteur de la loi Leonetti

Pour l'ancien député PS de la Vienne et ancien maire de Poitiers, avant de penser à rédiger une nouvelle loi, il faudrait d'abord voir si la législation actuelle est appliquée et "s'il y a une égalité aujourd'hui de nos concitoyens face à la mort".

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La proposition de loi pour le droit à une fin de vie libre et choisie examinée à l'Assemblée nationale, jeudi 8 avril 2021. (THOMAS PADILLA / MAXPPP)

Alors que l'Assemblée nationale débat jeudi 8 avril d'un projet de loi sur l'euthanasie, Alain Claeys, co-auteur avec Jean Leonetti de la loi sur la fin de vie en 2016 estime, sur franceinfo jeudi 8 avril, que la législation actuelle "ne suffit pas". L'ancien député PS de la Vienne et ancien maire de Poitiers rappelle pourtant "qu'en 14 ans, il y a eu trois lois qui, successivement, ont apporté des droits nouveaux aux malades."

franceinfo : Quel regard portez-vous sur le débat du jour ?

Alain Claeys : Mourir dans la dignité, personne ne souhaite le contraire. Je crois que la question qui est devant nous, c'est comment y parvenir ? Et je crois qu'aborder un tel sujet nécessite à la fois une grande modestie, un refus de toute simplification et une volonté constante de respecter deux choses essentielles : à la fois l'autonomie de la personne, mais aussi la nécessité absolue d'une solidarité collective. Et si on prend un peu de recul, en 14 ans, il y a eu trois lois qui, successivement, ont apporté des droits nouveaux aux malades. 2002, c'est la loi Kouchner. À travers cette loi, un malade peut refuser un traitement. En 2005, c'est la loi Leonetti où il est acté le refus de l'obstination déraisonnable. Et enfin, la loi que j'ai contribué à élaborer avec Jean Leonetti donne de nouveaux droits aux malades, c'est-à-dire les directives anticipées. Voilà les dispositifs qui existent aujourd'hui. Mais ça ne suffit pas. Il faut regarder d'une part comment ils sont appliqués et si, parallèlement au cadre législatif qu'on a fixé, il y a une égalité aujourd'hui de nos concitoyens face à la mort.

Quand vous observez les débats d'aujourd'hui, sur quels points est-ce que vous vous dites que l'on peut avancer et améliorer les choses ?

Pour qu'une loi fonctionne, il faut qu'elle soit connue et il faut qu'elle soit pratiquée dans de bonnes conditions.

Aujourd'hui, on meurt encore mal dans notre pays.

Alain Claeys

à franceinfo

Mais tout ne passe pas par la loi. La sédation profonde et continue c'est un geste médical, c'est la loi qui le fixe. Permettre à un patient de demander d'arrêter son traitement, c'est la loi qui le fixe. Mais la façon de vivre sa dernière partie de la vie, c'est le cadre de l'accompagnement et la formation des soignants est essentielle. Donc, je crois qu'aujourd'hui, si on veut être raisonnable et constructif, comme la loi de 2005, la loi de 2007 doit être évaluée.

Dans le texte du jour est proposé une aide active à mourir pour toute personne atteinte d'une affection incurable et qui souffre de manière insupportable. Selon vous, où le point d'équilibre ?

Je pense qu'il faut aller plus loin dans la réflexion et je vous donne des pistes sur lesquelles je suis favorable, sur lesquelles on doit réfléchir. Il y a l'euthanasie, il y a le suicide assisté et il y a l'exception d'euthanasie. C'est trois termes sur lesquels il faut vraiment réfléchir aujourd'hui. Je ne veux pas trancher aujourd'hui et ce n'est pas dans un débat de trois heures qu'on peut conclure sur un sujet comme ça.

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