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Deux tiers des ados trop sédentaires : "Une bombe à retardement", alerte un cardiologue

François Carré a réagi à une étude de l'Agence nationale de sécurité sanitaire qui tire la sonnette d'alarme sur les risques de la sédentarité chez les plus jeunes. 

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Radio France
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L'étude de l'Anses montre que les deux tiers des 11-17 ans se situent à un niveau de risque élevé, ce qui peut se traduire par du surpoids, de l’obésité ou encore une qualité du sommeil et de vie altérée.  (NICOLAS CREACH / MAXPPP)

"Nous sommes sur une bombe à retardement", alerte le professeur François Carré, cardiologue et médecin du sport au CHU de Rennes (Ille-et-Vilaine), lundi 23 novembre sur franceinfo, alors que l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) publie une étude sur la sédentarité des adolescents, à partir de données recueillies avant même les confinements. Selon l'Anses, l'ampleur du temps passé devant les écrans et sans activité physique provoque des risques pour la santé de deux tiers des jeunes aujourd'hui en France. "Le grand problème de cette sédentarité, de cette inactivité, comme le tabagisme, comme la malbouffe, c'est que ça ne tue pas tout de suite, mais ça va tuer dans trente ans", prévient François Carré.

franceinfo : A quel point cette sédentarité est risquée pour notre jeunesse ?

François Carré : Cette sédentarité, il faut d'abord rappeler qu'elle correspond au temps passé assis. Et par exemple, pour compenser huit heures de position assise, il faudrait faire deux heures d'activité physique par jour. Donc le risque de la sédentarité, c'est une prise de surpoids, un essoufflement au bout de deux minutes… Or, il faut se rappeler que l'essoufflement représente votre capacité physique. Et la capacité physique, c'est le capital santé. Donc nos enfants ont un mauvais capital santé. Le grand problème de cette sédentarité, de cette inactivité, comme le tabagisme, comme la malbouffe, c'est que ça ne tue pas tout de suite, mais ça va tuer dans trente ans. Et surtout, un enfant assis sera un adulte assis, plusieurs études l'ont montré, c'est-à-dire que ces ados sédentaires vont continuer parce que c'est leur mode de vie, leurs habitudes. Et ce sont eux qui vont développer des diabètes. Nous avons des diabétiques de 16 ans aujourd'hui.

Faut-il craindre toute une génération en mauvaise santé ?

Ça fait longtemps que nous avertissons l'ensemble de la population et des dirigeants que nous sommes sur une bombe à retardement. Si je reprends l'exemple de nos jeunes diabétiques, s'ils ont vingt ans de diabète, quand ils auront 36 à 40 ans, ils arrêteront de travailler. Parce qu'après 20 ans de diabète, c'est très difficile de travailler, au vu des complications, etc. Cela veut dire qu'il y a une grande frange de la population qui risque d'être inactive à 40 ans. Par contre, les médicaments leur permettront d'avoir une espérance de vie un tout petit peu diminuée. Mais ça va coûter une fortune. Donc, c'est une véritable bombe à retardement sanitaire. Je compare toujours cette chose-là au tabac. Il y a 60 ans, tout le monde fumait. Il a fallu combien de temps pour que la population prenne conscience de la dangerosité du tabac ? Il ne faut pas dire que c'est la faute des enfants, c'est une erreur. Les parents sont des modèles, les parents sont des exemples. Les parents qui bougent ont plus d'enfants qui bougent.

En même temps, c'est compliqué actuellement de faire du sport en période de confinement. Que peuvent faire ces ados ?

Vous avez entièrement raison. En plus, on sait bien que le fait d'être assis fait qu'on grignote davantage. On a le double effet : on ne bouge pas et on mange plus. Et ça s'aggrave dans le confinement. Mais moi, ce que je dis aux enfants, c'est que vous avez une heure pour bouger. Dans votre punition, on vous donne une heure pour vous évader. Prenez-la cette heure, marchez, prenez un ballon, prenez votre vélo. On ne leur demande même pas de faire du sport, mais de bouger. On en est là : il faut bouger.

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