Projet de rythmes scolaires à la carte : "Une logique purement libérale et financière", selon la FCPE

Présidente de la Fédération des conseils de parents d'élèves, Liliana Moyano estime que vouloir revenir sur la semaine de quatre jours et demi est "un très mauvais signal envoyé par le président élu".

Un groupe d\'enfants en visite pédagogique dans un musée d\'art contemporain de Bordeaux (Gironde), le 24 avril 2017.
Un groupe d'enfants en visite pédagogique dans un musée d'art contemporain de Bordeaux (Gironde), le 24 avril 2017. (PHILIPPE ROY / AFP)

En colère. La Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), classée plutôt à gauche, s'insurge contre le projet d'Emmanuel Macron de permettre aux communes de revenir sur la réforme des rythmes scolaires à l'école primaire. Sous le quinquennat Sarkozy, le samedi matin avait été supprimé. Sous François Hollande, l'Education nationale avait rétabli un rythme de quatre jours et demi de travail, en y ajoutant des activités périscolaires financées par les communes.

Suite du feuilleton : le nouveau président élu le 7 mai a annoncé que chaque commune pourrait décider de son organisation, après concertation avec les écoles. Ces communes auront jusqu'en 2019 pour faire connaître leur choix, et le décret sera publiable dès cet été. Que pense la FCPE, une des deux principales fédérations de parents d'élèves, de cette valse incessante ? Franceinfo a interrogé sa présidente, Liliana Moyano.

Franceinfo : Quelle est votre réaction face au projet d'Emmanuel Macron de permettre aux communes de revenir sur la réforme des rythmes scolaires ? 

Liliana Moyano : Pour nous, c'est un très mauvais signal donné par le président élu. Emmanuel Macron reviendrait ainsi sur le rythme des cinq matinées dans le primaire, pourtant reconnu par tous les spécialistes comme plus favorable à l'apprentissage des enfants que l'organisation en quatre jours. Ce n'est pas négociable ! Quels que soient leurs ancrages sociaux ou géographiques, il faut donner aux enfants les mêmes conditions pour apprendre, et les mêmes chances de pouvoir pratiquer des activités périscolaires [artistiques ou sportives].

Là, on est purement dans une approche libérale et financière. Visiblement, Emmanuel Macron n'a pas entendu ce que la présidentielle nous a dit sur les fractures en France. Le message directement financier envoyé en direction des élus est très inquiétant. Ceux qui vont souffrir en premier sont les enfants des familles les plus fragilisées et des territoires les plus abandonnés. L'éducation à la carte n'est pas acceptable.

Il n'est pas possible de toucher aux rythmes scolaires ?

Il n'y a pas encore de bilan sur la dernière réforme mise en place, dont l'organisation vient juste de se stabiliser ! Il faut lui laisser le temps de faire son effet. Les pays qui réussissent, qui ont de bons résultats en matière d'éducation, sont ceux qui mènent un projet sur vingt ans, pas ceux qui remettent tout en cause tous les cinq ans. 

La proposition d'Emmanuel Macron est partie d'un constat avéré : certaines communes n'ont pas les moyens de financer les activités périscolaires ou de les organiser. Que répondez-vous à cela ?

C'est vrai qu'il y a des communes où ça passe mal. Il faut faire un bilan, et, surtout, simplifier le fonds d'aide fléché pour soutenir les projets des communes sur les activités périscolaires. Un bilan a été fait sur l'utilisation de ce fonds il y a deux mois, il n'était dépensé qu'à 50% ! Seuls 200 millions d'euros sur 400 avaient été dépensés. 

Le problème avec ce fonds, c'est que seules les collectivités avec des services conséquents peuvent y recourir. Pour l'instant, les petites communes renoncent souvent à monter ces dossiers parce que c'est trop compliqué. Nous demandons que ces sommes soient déployées plus facilement : on ne peut pas être dans une France à deux vitesses.