Résultats bac 2019 : pourquoi les enseignants ont-ils fait grève de la surveillance puis de la correction ?

Les enseignants protestent contre de nombreuses réformes portées par le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Ils les accusent d'accentuer les inégalités.

Des enseignants défilent pour protester contre les réformes portées par Jean-Michel Blanquer, le 17 juin 2019 à Paris.
Des enseignants défilent pour protester contre les réformes portées par Jean-Michel Blanquer, le 17 juin 2019 à Paris. (AFP)

Un examen pas tout à fait comme les autres. Admis, recalés ou encore contraints de passer par le rattrapage, les 743 594 candidats au baccalauréat ont découvert, vendredi 5 juillet, leurs résultats. Mais pour 35 000 à 40 000 d'entre eux, leur note finale n'est que provisoire : une grève inédite de correcteurs a en effet perturbé l'acheminement de certaines copies, forçant Jean-Michel Blanquer à avoir recours au contrôle continu pour que tous les candidats puissent connaître leur sort en même temps.

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Plus tôt, des professeurs avaient également refusé de surveiller certaines épreuves. Au-delà de la question récurrente du manque de moyens, pourquoi ces enseignants manifestent-ils leur opposition aux réformes portées par le ministre de l'Education nationale ? Eléments de réponse.

Parce qu'ils dénoncent la fin de l'universalité du bac

Pour la première fois, les élèves qui passeront en première générale à la rentrée ne choisiront pas une filière. Afin de mettre fin à la prédominance de la série S, la réforme du bac portée par Jean-Michel Blanquer prévoit en effet la fin des filières littéraire, économique et sociale et scientifique pour les remplacer par différentes options à choisir "à la carte". Le ministre souhaite également réduire fortement le nombre final d'épreuves, compensées par une prise en compte du contrôle continu tout au long de l'année, qui représentera 40% de la note finale du bac.

Outre la crainte d'"un rythme effréné d'évaluations" via le contrôle continu, les enseignants membres du collectif Bloquons Blanquer estiment que ces réformes vont créer des inégalités entre les établissements et les différents bacs obtenus. "Dans un petit lycée, il y aura très peu de choix [de spécialités], écrivent-ils sur leur site internet. Dès la 3e, votre enfant se mettra donc une grosse pression pour choisir son lycée, en fonction des spécialités proposées, et cela aura de grosses conséquences sur la suite de ses études et sur son bien-être." 

Outre la rareté de certaines spécialités, les grévistes estiment qu'avec la valorisation du contrôle continu, "le bac d’un lycée de quartier défavorisé ou de campagne risque d’être moins valorisé que les autres".

Parce qu'ils souhaitent toujours la fin de Parcoursup

Mise en place en janvier 2018 pour recueillir et gérer les vœux d'affectation des futurs étudiants, Parcoursup fête cette année sa deuxième rentrée. Avec ce système, les universités étudient de près les dossiers des élèves pour les classer et leur accorder ou non une inscription. Afin de déterminer si le profil du bachelier correspond au contenu de ses cours, l'université se base notamment sur des "attendus", fixés au niveau national par le ministère de l'Education nationale.

Le collectif Bloquons Blanquer déplore ainsi que la conséquence de cette réforme soit que le choix des spécialités, qui intervient dès la seconde, ne devienne conditionné à Parcoursup. "Il faudra choisir des spécialités et des options qui correspondent aux 'attendus' du supérieur (...). Vous devrez donc, dès la seconde, savoir quel métier vous voulez faire, sans être sûr d'avoir une place quelque part", résume une vidéo relayée par le collectif.

Parce qu'ils dénoncent les méthodes du ministre

Les opposants aux réformes reprochent à Jean-Michel Blanquer d'avoir fait la sourde oreille à leurs revendications. "Je prends ma retraite à la fin de l'année. Dans ma longue carrière, je n'ai jamais vu ça. Cette réforme Blanquer a été faite sans aucune concertation, c'est du caporalisme", a tempêté jeudi sur franceinfo Yves Moreau, professeur de mathématiques au lycée Victor-Duruy, à Paris.

"On ne demande qu'une chose : qu'on ouvre des négociations, explique-t-il. Je pars avec une grande amertume, ce métier est de plus en plus dur, la charge de travail est de plus en plus énorme. Avant, les enseignants avaient à enseigner. Aujourd'hui, on doit faire tout, gérer les absences, l'orientation, etc... Et tout ça, au détriment des contenus. Tout cela accroît la sélection sociale, comme d'ailleurs cette réforme Blanquer", déplore l'enseignant.

La décision d'utiliser le contrôle continu pour donner des notes provisoires aux candidats du bac dont les copies étaient bloquées a en outre attisé la colère des grévistes, voire de professeurs simplement opposés à la réforme. Le ministre "a durci fortement la position des profs, l'exaspération est montée très fort" et "on a le plus grand capharnaüm dans les jurys de délibérations" qui se sont tenus jeudi, a assuré Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des enseignants.