Pourquoi le personnel de l'Education nationale est-il appelé à faire grève ?

Hausse des salaires, besoins de personnel, opposition aux réformes Blanquer… Quatre syndicats du primaire et du secondaire appellent les enseignants à ne pas assurer leurs cours, jeudi 23 septembre.

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Une enfant lève la main dans une classe de Vannes (Morbihan), le 12 mai 2021. (GWENVAEL ENGEL / HANS LUCAS / AFP)

Une rentrée difficile. Trois semaines après la reprise des cours, le personnel de l'Education nationale est appelé à la grève par la CGT, la FSU, FO et SUD, jeudi 23 septembre. L'intersyndicale, qui réclame "un plan d'urgence pour l'éducation", s'attend néanmoins à un mouvement peu suivi. Franceinfo fait le point sur les revendications des grévistes.

Une hausse des salaires durable et générale

Le budget 2022 prévoit une enveloppe de 700 millions d'euros dédiée à la "revalorisation de l'ensemble des personnels", notamment pour améliorer l'attractivité des débuts et milieux de carrières, alors que les enseignants français figurent parmi les moins bien payés des pays de l'OCDE.

L'enveloppe permet une augmentation allant de 57 euros net mensuels pour les professeurs débutants à 29 euros net par mois pour les enseignants en milieu de carrière. Les professeurs du primaire (maternelle et élémentaire) comme du secondaire (collège et lycée) sont concernés, mais les enseignants en seconde partie de carrière en sont exclus.

Un geste insuffisant pour les syndicats, auxquels le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, avait promis une loi de programmation des revalorisations qui n'a pas vu le jour. "Il faut notamment une revalorisation du point d'indice gelé depuis dix ans et pas uniquement proposer des primes qui seront très vite rattrapées par l'inflation et qui ne concernent pas tout le personnel", avance dans Libération Benoît Teste, secrétaire général de la FSU.

Dans ce contexte, la proposition de la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, candidate à l'élection présidentielle, de doubler les salaires des enseignants, est accueillie avec intérêt. "C'est une annonce qui a le mérite de mettre la question des salaires au centre du débat. (…) Aujourd'hui, un professeur qui débute, il gagne l'équivalent de 1,2 fois le smic. C'était 2,3 fois le smic au début des années 1980. Donc oui, il faut qu'on parle salaire", a martelé Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, jeudi sur franceinfo.

Des créations de postes

"La rentrée aurait nécessité la mise en place d'un plan d'urgence et la création massive de postes pour l'éducation dans un contexte qui a rendu plus compliquée la progression des apprentissages" en raison de la crise du Covid-19, estime l'intersyndicale. Cette dernière réclame des postes d'enseignants, de conseillers principaux d'éducation (CPE), d'assistants d'éducation (AED), d'accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) et de personnel administratif et de santé.

Or, si l'école primaire s'est vue doter de près de 2 500 postes supplémentaires à la rentrée, cela s'est fait "au détriment du dispositif 'plus de maîtres que de classe' [qui consiste à affecter dans une école primaire un enseignant supplémentaire]", regrette Benoît Teste dans Libération. Par ailleurs, elle s'est répercutée sur le second degré, qui a vu 1 800 postes supprimés, devant être compensés entièrement par des heures supplémentaires.

L'an prochain, 50 emplois administratifs devraient être créés, tandis que les emplois en équivalent temps plein seront stables à l'école primaire et dans le second degré publics et privés. Mais cette stabilité apparente cache des réaffectations : 350 postes d'enseignants seront supprimés dans le secondaire, pour permettre la création de 300 postes de CPE et 50 postes d'assistants de service social ou d'infirmiers. "Ce sont 350 enseignants sur 800 000, on est sur l'épaisseur du trait. (...) Il y avait une demande très forte sur l'accompagnement des élèves dans les collèges et lycées", justifie le ministère de l'Education aux Echos.

"Sur tout le quinquennat, il y a 7 490 emplois qui ont été supprimés dans les collèges et les lycées. C'est comme si on avait rayé de la carte 166 collèges", regrette sur franceinfo Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU.

Un changement de politique éducative

Entre le ministre et les enseignants, la relation a toujours été difficile, ces derniers n'approuvant pas les changements d'orientation induits par la politique de Jean-Michel Blanquer. Cette fois encore, les membres de l'intersyndicale "refusent la généralisation du contrôle continu et demandent le rétablissement du baccalauréat national pour la session 2022, avec des épreuves nationales, terminales et anonymes", selon leur communiqué.

L'annonce, début septembre à Marseille, de l'expérimentation de la liberté, pour un directeur d'école, de choisir son équipe d'enseignants, a également été mal vécue, alors que ces derniers réclament davantage une aide administrative pour les décharger. "Cette évolution ne répond pas aux besoins des directeurs. Elle va juste rendre leur vie plus difficile en les isolant des professeurs et en renforçant l'autorité des inspecteurs sur eux", avance François Jarraud, ex-professeur d'histoire-géographie et rédacteur en chef du Café pédagogique, site de référence sur l'actualité enseignante.

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