Le "plan pour l'égalité filles-garçons" est-il une version light des ABCD de l'égalité ?

La ministre de l'Education,  Najat Vallaud-Belkacem, a lancé, mardi 25 novembre, de nouveaux outils pédagogiques pour aborder l'égalité à l'école. Ils remplacent l'expérimentation des ABCD de l'égalité, qui avait fait polémique.

Najat Vallaud-Belkacem lors d\'une visite sur le thème des ABCD de l\'égalité dans une école primaire de Villeurbanne (Rhône), alors qu\'elle était ministre des Droits des femmes, le 13 janvier 2014.
Najat Vallaud-Belkacem lors d'une visite sur le thème des ABCD de l'égalité dans une école primaire de Villeurbanne (Rhône), alors qu'elle était ministre des Droits des femmes, le 13 janvier 2014. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"Eviter les malentendus." Najat Vallaud-Belkacem, qui présentait un plan pour l'égalité filles-garçons, mardi 25 novembre dans un lycée parisien, n'a pas caché l'esprit dans lequel il a été élaboré, après la controverse qui entourait le dispositif précédent : les ABCD de l'égalité.

Ces outils pédagogiques, expérimentés l'an dernier dans les écoles maternelles et primaires d'une dizaine d'académies, avaient été accusés de préparer l'enseignement de la prétendue "théorie du genre" aux élèves. Les rumeurs les plus folles avaient circulé sur leur contenu, de l'apprentissage de la masturbation à des visites de "militants LGBT" dans les écoles. Plusieurs "journées de retrait de l'école" avaient été organisées à l'appel de l'organisation du même nom, créée par Farida Belghoul, une professeure proche d'Alain Soral.

Après les avoir longtemps défendus, le ministre de l'Education de l'époque, Benoît Hamon, et Najat Vallaud-Belkacem, alors chargée des Droits des femmes, avaient annoncé, le 30 juin, que les ABCD de l'égalité ne seraient pas généralisés à la rentrée 2014, comme prévu, mais remplacés par une formation des enseignants et une nouvelle "mallette pédagogique", présentée cette semaine.

Alors que certains craignaient que l'enseignement de l'égalité filles-garçons à l'école ne soit enterré, ce nouveau plan est-il vraiment une version allégée de son prédécesseur ?

Oui, la méthodologie laisse les enseignants plus libres

Deux types de ressources avaient été mises en ligne par le ministère de l'Education dans le cadre des ABCD de l'égalité : des documents pédagogiques expliquant les stéréotypes de genre et suggérant des façons de les aborder avec les élèves, mais aussi une dizaine d'exercices "clé en main" pour mettre ces principes en pratique. Exemple parmi d'autres, un travail autour d'un tableau de Renoir où une petite fille et un petit garçon sont habillés de façon identique. Ce type d'exercices a disparu du nouveau plan.

Un retour en arrière logique pour les syndicats d'enseignants. "L’égalité hommes-femmes ne peut pas être un cours" à part entière, tranche Christian Chevalier, secrétaire général du syndicat SE-Unsa, le deuxième plus important chez les enseignants de maternelle et de primaire. "La question de l'égalité filles-garçons va être traitée par les enseignants comme elle l’était avant les ABCD, c'est-à-dire au quotidien", au même titre que d'autres problématiques comme le respect de l'environnement. Le plan leur offre des outils pédagogiques sur lesquels s'appuyer pour réagir à un évènement de la vie de la classe. "A charge des enseignants de les mettre en œuvre et de les faire vivre", explique Sébastien Sihr, secrétaire général de SNUipp-FSU, syndicat majoritaire des enseignants de maternelle et de primaire. D'ailleurs, comme pour les ABCD de l'égalité, l'application de ces méthodes est basée sur le volontariat.

Oui, il enterre une étiquette devenue gênante

Pour Christian Chevalier, "l'étiquette des ABCD était devenue un chiffon rouge" qui provoquait des réactions épidermiques chez certains parents. Mais le nom en lui-même était aussi "un repoussoir pour les collègues", qui n'osaient plus utiliser cet outil pour s'emparer des questions d'égalité en classe. D'où l'empressement du ministère à remplacer le dispositif par un autre plutôt que de le modifier, et de lui attribuer un nom plus banal : "plan pour l'égalité filles-garçons".

Sébastien Sihr note, lui, "un changement de stratégie de la part du ministère, qui veut insister davantage sur la sensibilisation auprès des parents, afin de couper court à l’épisode de calomnie". Preuve de cette volonté de transparence : le site internet qui détaille les "outils pour l'égalité filles-garçons" est accessible à tous et s'adresse autant aux parents qu'aux professeurs. De plus, "tous les acteurs" ont été associés à l'élaboration de ce plan, y compris les deux principales associations de parents d'élèves, la FCPE et la Peep, a souligné, mardi, Najat Vallaud-Belkacem. "La meilleure façon, selon elle, d'éviter les malentendus [et] les manipulations telles qu'on a pu les connaître l'année dernière."

Oui, on ne parle plus de "genre"

Le terme de "genre" a beau ne pas être "un mot tabou", comme l'a répété Najat Vallaud-Belkacem, mardi, il est totalement invisible dans les menus du nouveau site internet, où l'on préfère parler d'"égalité" entre les filles et les garçons. Une façon pour l'Education nationale de céder aux détracteurs des ABCD de l'égalité ? La ministre plaide la pédagogie : "S'agissant de cet apprentissage de l'égalité filles-garçons à l'école, on emploie des mots simples, compréhensibles par tous." 

Signe de ce polissage du discours, l'essentiel des textes détaillant pour les professeurs les "thématiques" liées à l'égalité et les "pistes pédagogiques" permettant de les aborder a été produit pour l'occasion, de manière harmonisée. Au contraire, les ABCD de l'égalité fournissaient aux enseignants un ensemble de guides et de brochures, très hétérogènes, produits par différents rectorats et qui employaient des termes parfois très différents. 

Non, sur le fond, le discours a peu changé

Christian Chevalier résume ce qu'est, selon lui, le message du ministère : "On est prudents, on fait attention aux termes, mais on ne renonce pas" au principe de défendre l'égalité à l'école. "Il ne faut pas s’arrêter au vocabulaire, mais plutôt gagner la bataille des idées", juge Sébastien Sihr, qui constate en outre que, "dans les nouvelles ressources pédagogiques, certaines sont reprises telles quelles de l’expérimentation" précédente. "La preuve", selon lui, "qu'elle n'a pas été vaine". Le nouveau plan tend plutôt à corriger le tir, ce dont il se réjouit : "Le travail avec les fédérations de parents, le site qui explique mieux les enjeux… On semble avoir tiré les leçons des erreurs qui ont pu être faites."

De plus, le dispositif a été grandement élargi par rapport aux ABCD de l'égalité. Il s'applique désormais à toutes les académies et couvre "tous les niveaux de la scolarité, de la maternelle au baccalauréat", explique Najat Vallaud-Belkacem, là où les ABCD étaient conçus pour la grande section de maternelle et l'école primaire. L'offre pour les enseignants s'est également grandement étoffée, avec une centaine de "pistes pédagogiques" élaborées par le ministère, là où l'ancien site ne faisait que recommander quelques "ressources complémentaires" produites par différents rectorats.