"L'Oeil du 20h" : face à la pénurie d'enseignants, notre journaliste a été recrutée en quelques minutes via une annonce en ligne

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L'Oeil du 20H Pénurie de suppléants dans l'éducation nationale

Salaires peu attractifs, conditions de travail parfois difficiles... les établissements scolaires font face à une pénurie de candidats lorsqu'il s'agit de trouver des enseignants remplaçants. Des dizaines de petites annonces sont disponibles sur internet. L'Oeil du 20h a postulé, sans aucune expérience dans l'enseignement.

Qui pour remplacer les profs absents ? C’est la question que se posent beaucoup de parents d’élèves, face à la pénurie de suppléants. Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer a récemment promis des renforts. Mais dans l’urgence, comment sont-ils recrutés ?

Entre les matelas et les voitures d’occasion, L’Oeil du 20H a répondu aux offres d’emploi sur internet. Sur les plateformes de petites annonces en ligne, on trouve des dizaines d'offres de postes : professeur d’allemand, de sciences économiques et sociales, de SVT... aucune matière n'y échappe. De nombreux établissements  recherchent des suppléants pour remplacer leurs enseignants titulaire en arrêt maladie. Nous avons candidaté à trois annonces : à chaque fois, mon absence d’expérience n’a pas été un obstacle.

Sur mon CV, nous précisons nos diplômes : notre licence en sciences politiques et communication, avec une option en lettres modernes semble suffisante pour être immédiatement convoquée à Grenoble, pour un poste de professeur de français. En caméra caché, nous filmons cette rencontre.

Rendez-vous est pris avec le directeur d'une institution privée sous contrat, qui a besoin d’un remplaçant en urgence pour des classes de 6e et 5e.

Aucune question sur notre cursus n'est posée et moins de dix minutes après notre arrivée, il propose de commencer dès le surlendemain, sans aucune formation. 

"Est-ce que vous avez déjà enseigné ? Non ? (...) Je suis prêt à marcher avec vous. Je mesure le risque.

Un directeur d'établissement privé sous contrat, anonyme

Seul préalable à l’embauche, un entretien avec le CPE qui tente de nous rassurer sur nos capacités à gérer une classe de trente élèves pour la première fois. "Des profils comme le vôtre, on en a 7 ou 8 sur les 80 professeurs en ce moment (...) On n'a plus de profs… ça n'attire plus personne"

Ce dernier se défend même de devoir recruter sur "Le Bon Coin", faute de candidats.

600€ nets par mois

En sortant de l'entretien, nous nous sommes désistés, avant que le rectorat ne valide le recrutement. Le salaire proposé : Six-cents euros nets par mois pour un temps partiel. Ces contrats et ces rémunérations rebutent sans doute de nombreux candidats concède une autre directrice d'école privée sous contrat avec l'Etat. Lors de ce second entretien d’embauche, elle nous met en garde : 

Vous êtes à un peu plus que le SMIC (...) les frais de déplacements ne sont pas pris en charge, ça peut peser... à chaque fois que je trouve une personne, elle ne reste pas, elle trouve un autre job ailleurs. On ne peut pas vivre avec ça.

Une directrice d'établissement privé sous contrat, anonyme

Contactés, ni le rectorat de Grenoble, ni le ministère de l’Education nationale n’ont répondu à nos questions. 

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