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"L'opération était extrêmement bien préparée" : comment les forces de l'ordre ont évacué la fac de Tolbiac

Une centaine de CRS ont pénétré dans les locaux de l'université parisienne, tôt vendredi matin, pour déloger les occupants qui bloquaient le site universitaire depuis trois semaines. A l'intérieur, les "dégâts sont considérables".

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France Télévisions
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 (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

L'un des lieux les plus emblématiques de la mobilisation contre la réforme de l'accès à l'université a peut-être vécu ses dernières heures de blocagevendredi 20 avril. Les CRS sont intervenus vers 5 heures du matin à la fac de Tolbiac, à Paris, pour déloger les étudiants qui occupaient les lieux depuis le 26 mars. L'opération s'est déroulée "dans le calme", selon la préfecture de police. Une personne a été interpellée. Franceinfo vous résume ce qu'il s'est passé.

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Comment s'est déroulée l'opération policière ?

Elle a commencé à 5 heures du matin. Au moins une centaine de CRS ont pénétré sur le site situé dans le sud-est de Paris. Une centaine d'occupants s'y trouvaient. Surpris dans leur sommeil, ils ont déclenché l’alarme, ce qui a semé la confusion dans la tour de vingt-deux étages. Certains se sont retranchés à l’intérieur des locaux, notamment dans les amphithéâtres. D'autres ont tenté de s’enfuir en escaladant la grille. 

L’opération s'est terminée vers 6 heures, au moment où le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, s’est félicité sur Twitter de la "fin de l’occupation" du site universitaire. "Partout l’Etat de droit sera rétabli", a-t-il également écrit, en référence aux autres facultés bloquées, et sans doute (aussi) à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Interrogé par franceinfo, le préfet de police de Paris assure que l'évacuation s'est déroulée "sans incident". Michel Delpuech affirme aussi que "l'opération était extrêmement bien préparée". "Il fallait qu'on ait une bonne connaissance du site, savoir quels étaient les accès possibles, ça prend quelques jours." Les forces de l'ordre ont essuyé quelques jets de projectiles, notamment des bouteilles de verre. Une personne a été interpellée pour "outrage" et "rébellion". 

De leur côté, les étudiants évacués dénoncent l'attitude des forces de l'ordre. "Ils nous ont matraqués, ils nous ont traités comme des chiens, a témoigné une étudiante sur l'antenne de BFMTV, après l'opération. Deux cents CRS face à des étudiants qui ne sont pas armés, ils sortent les gazeuses... Ce n'est pas normal."  La présidente de l’Unef, Lilâ Le Bas, juge, elle aussi, "inadmissible" cette évacuation.

Qui a réclamé l'opération policière ? 

L’intervention des forces de l’ordre a été réclamée dès le 9 avril par le président de l’université Paris 1 dont dépend Tolbiac. Georges Haddad se disait inquiet de la situation sur place après la découverte de cocktails Molotov sur le site. "J’ai du mal à décrire [le site] tellement je suis consterné par l’état du centre, un vrai capharnaüm. La violence, la drogue, le sexe même. On me l’a dit et je crois que c’est vrai, il se passe des choses qui sont indignes", déclarait récemment Georges Haddad sur CNews.

Mercredi 18 avril, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait promis que "l’Etat de droit" serait rétabli "partout" et "en particulier dans les facultés". Quelques jours plus tôt sur BFMTV et Mediapart, Emmanuel Macron estimait que les occupants étaient "des professionnels du désordre".

Est-ce la fin du blocage ? 

Pas sûr. D'anciens occupants assurent que "l’opération ne fait que renforcer leur détermination" à continuer la lutte. 

Sur Twitter, les opposants demandent du renfort et appellent à un rassemblement devant les locaux. 

De son côté, le syndicat UNI (classé à droite) "se félicite" de l’évacuation de la fac. Dans un communiqué, il invite la direction de l'établissement à déposer des "plaintes pénales" pour dégradations et agressions. 

Sur franceinfo, le directeur du site de Tolbiac décrit "des dégâts considérables", essentiellement "dans les halls" et "dans les trois amphithéâtres qui sont saccagés." "Il va falloir passer au nettoyage, repeindre, 'rééquiper' les amphithéâtres", explique Florian Michel, le directeur du site de Tolbiac.

"Tout est à refaire", regrette le président de Paris 1, Georges Haddad. Il chiffre ces dégâts à "plusieurs centaines de milliers d'euros", "alors qu'on avait fait 800 000 euros de travaux ces dernières années." Une plainte va être déposée.

Ce qui est sûr, c'est que les examens ne s'y tiendront pas. Ils se passeront dans d'autres sites de Paris, voire du Grand Paris.

Florian Michel, directeur du site de Tolbiac

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