Harcèlement dans les écoles de journalisme : "Il y a une illusion à imaginer qu'à la sonnerie du lycée, le harcèlement s'arrête"

Pour Emmanuelle Piquet, psychothérapeute, le harcèlement scolaire "continue pendant les études ou au travail."

Les différentes affaires de harcèlement qui ont été rendues publiques ces derniers jours n\'étonnent pas Emmanuelle Piquet, psychothérapeute.
Les différentes affaires de harcèlement qui ont été rendues publiques ces derniers jours n'étonnent pas Emmanuelle Piquet, psychothérapeute. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

"Il y a comme une espèce d'illusion d'optique à imaginer que parce que la dernière sonnerie du lycée a retenti, le harcèlement s'arrête. Il est évident que ça continue pendant les études ou au travail", a réagi mercredi 13 février sur franceinfo Emmanuelle Piquet, psychothérapeute spécialiste du harcèlement scolaire, en réponse à l'affaire de la "Ligue du LOL" et à celle - en marge de la première - des témoignages d'étudiantes harcelées, notamment à l’école de journalisme de Grenoble.

Pour Emmanuelle Piquet, "on ne met pas en place les bonnes choses. Pourtant, la parole s'est libérée, il y a de la prévention, il y a des sanctions à chaque fois que les faits sont avérés et en même temps on se bat pour outiller les jeunes femmes ou les jeunes filles victimes de sexisme".

franceinfo : Quel est votre sentiment ces derniers jours sur ces affaires de harcèlement scolaire ?

Emmanuelle Piquet : Je ne suis absolument pas étonnée. Il y a comme une espèce d'illusion d'optique à imaginer que parce que la dernière sonnerie du lycée a retenti, le harcèlement s'arrête. Il est évident que ça continue pendant les études ou au travail : à la machine à café on retrouve les mêmes interactions problématiques. On a eu un temps où tout ce qui était harcèlement était plutôt confiné dans les 'années collèges' et ça se calmait au lycée mais là ça ne se calme plus au lycée; ça se calmait dans les études et là ça ne se calme plus au niveau des études comme on le voit pour cette école de journalisme. Au fond, moi j'ai l'impression qu'on ne met pas en place les bonnes choses. Pourtant, la parole s'est libérée, il y a de la prévention, il y a des sanctions à chaque fois que les faits sont avérés et en même temps on se bat pour outiller les jeunes femmes ou les jeunes filles victimes de sexisme.

Que veut dire "être outillé" ?

C'est avoir acquis cette compétence absolument indispensable qui consiste à savoir se faire respecter. C'est une chose qui n'est pas enseignée, qui n'est pas prise en considération alors que c'est fondamental. Ça veut dire 'Comment est-ce qu'on accompagne des enfants ou des adolescents victimes par exemple d'insultes pour qu'ils fassent en sorte que l'inconfort change de côté ?' C'est en tombant sur des interactions inconfortables que les harceleurs s'arrêtent et non pas parce qu'on les sanctionne du haut. C'est quand ils tombent sur un 'os' relationnel qui met à risque leur popularité.

Vous parliez de harcèlement scolaire, est-ce qu'on retrouve les mêmes mécanismes l'âge avançant ?

Absolument. Ce sont strictement les mêmes mécanismes : une vulnérabilité très forte repérée par la meute ou par un leader, une vulnérabilité qui peut atteindre n'importe quel enfant et n'importe quel adulte parce qu'elle se nourrit d'événements extérieurs. Il y a le sexisme ordinaire : à un moment donné on ne voit même plus qu'on est sexiste, misogyne ou homophobe parce que c'est ordinaire et pas si grave que ça, alors qu'on sait bien la souffrance que ça peut générer à un moment donné. Là, dans ce cas, en plus c'est explicite, il n'y a pas d'excuses possibles, quand vous dites à une jeune fille qu'elle est grosse ou moche, ce n'est pas possible de dire ce genre de choses.