"Enseigner la mathématique, ça s’apprend !" : les écoliers français de plus en plus faibles en maths

Le niveau des petits français en calcul est en chute libre, une tendance amorcée il y a 30 ans. Le faible volume horaire consacré aux mathématiques dans la formation des professeurs est montré du doigt. 

Un cours de mathématiques de 6ème au collège La Fontaine, Laxou le 28 août 2018.
Un cours de mathématiques de 6ème au collège La Fontaine, Laxou le 28 août 2018. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Aujourd'hui, deux fois moins d'élèves arrivent au collège en sachant faire une division qu'en 1987 : c'est ce que révèle une étude de l'agence des statistiques du ministère de l'Education, qui constate que le niveau des écoliers français en mathématiques a drastiquement chuté ces trente dernières années.

"Cinq fois plus d’heures de formation à Singapour qu’en France"

Pour Charles Torossian, inspecteur général pour les mathématiques à l'Education nationale, c'est la formation des enseignants qui est en cause. "La génération d’avant 1987 avait 400 heures de formation en mathématiques dans son cursus. Aujourd’hui, il y en a certains qui sont à 60 heures. C’est sûr que ça fait une différence," critique-t-il.

Le faible volume de mathématiques dans la formation des enseignants français est également dénoncé par Cédric Villani, lauréat de la médaille Fields en 2010, qui fait la comparaison avec les pays les mieux classés au niveau international : "il y a cinq fois plus d’heures de formation à Singapour qu’en France. Vous avez aussi, à Singapour, une organisation dans laquelle chaque équipe pédagogique comporte en ses rangs un enseignant, ou une enseignante, qui a reçu une formation spécifique en sciences" affirme le mathématicien. 

"Nos professeurs des écoles sont à 75 ou 80 % des littéraires de formation. Ils ont eux-mêmes souvent suivi, ou subi des cours de mathématiques dans un contexte douloureux, poursuit Cédric Villani, ils n’ont pas reçu suffisamment d’entrainement sur les bons réflexes pour enseigner la discipline, bref, ils sont livrés à eux-mêmes. Enseigner la mathématique, ça s’apprend !" 

"Un système qui laisse beaucoup de jeunes sur le carreau"

Pour Agnès Gateau, maîtresse dans une école de l'Yonne, ce sont aussi les connaissances de base qui ont changé. "L’élève de CM2, aujourd’hui, est capable de créer un petit programme qui va demander au logiciel de calculer pour lui. Il va utiliser des variables, comprendre quelles opérations sont en jeu et dans le même temps, témoigne cette enseignante, c’est vrai qu’il y a une espèce de facilité à développer des images mentales autour des nombres ou des faits numériques qui ont été perdues.

Le système actuel demeure très inégal, une situation dénoncée par Cédric Villani : "une petite proportion [d'élèves] se débrouille extrêmement bien,  alors qu’une grande proportion a le plus grand mal. Il y en a qui sont allergiques, c’est normal, mais il y en a beaucoup moins qu’on ne le croit. Nous n’avons pas le droit de nous satisfaire d’un système qui laisse beaucoup de jeunes sur le carreau." 

Pour mieux accompagner les enseignants, un millier de référents mathématiques viennent d'être recrutés sur tout le territoire national.