"Ça s'appelle la création d'un numerus clausus" : à l'Assemblée nationale, la réforme de l'université crée de vifs débats

Le projet de loi relatif à l'orientation et la réussite des élèves est examiné depuis mardi soir à l'Assemblée nationale. Dans l'hémicycle, la réforme induit des débats houleux et certains dénoncent l'instauration d'une sélection déguisée. 

La ministre de l\'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l\'Innovation Frédérique Vidal, lors des questions au gouvernement, à l\'Assemblée nationale, le 22 novembre. 
La ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation Frédérique Vidal, lors des questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale, le 22 novembre.  (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Les débats ont déjà été très vifs à l'Assemblée nationale, mardi 12 décembre, alors que les députés démarraient l'examen du projet de loi relatif à l'orientation et la réussite des élèves. Après la débâcle de la plateforme admission post-bac (APB) cet été, le gouvernement souhaite mettre fin au tirage au sort et augmenter le taux de réussite en première année de Licence. Mais, dans l'Hémicycle, la gauche reproche au gouvernement d'instaurer une sélection déguisée via sa réforme de l'entrée à l'université. La majorité présidentielle s'en défend.  

En préambule de l'examen du projet de loi, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, a posé les bases : non, cette réforme n'instaure pas la sélection à l'université, selon elle. "Si le baccalauréat est et demeure le seul passeport pour l'enseignement supérieur, nous avons l'obligation de proposer à chacun un parcours personnalisé au sein de la formation qu'il a choisie", a exposé la ministre devant les députés. 

Pour un bachelier qui candidate dans une filière mais qui a besoin de consolider certaines connaissances ou d'apprendre à s'organiser, les équipes pédagogiques proposeront des modules de méthodologie ou des enseignements lui permettant de se renforcerFrédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieurà l'Assemblée nationale

Mais ces remises à niveau obligatoires, qui ont pour objectif de lutter contre le taux d'échec en première année, masquent le problème, estime une partie de la gauche. "On va nous proposer de décider d'ajuster le nombre d'étudiants au nombre de places disponibles", s'insurge Jean-Luc Mélenchon, président du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale. Le député des Bouches-du-Rhône estime que le véritable problème est le manque de places à l'université. "Ce qui est en train de se faire, ça s'appelle la création d'un numerus clausus. Tout ça est emballé de toutes sortes de considérations sur la personnalisation des parcours et autres sottises. La liberté de choisir personnellement les études que l'on fait se confond avec la liberté de choisir sa vie et c'est contre cela que vous allez", a-t-il lancé.

Des pré-requis à géométrie variable

Les débats sont donc déjà mouvementés alors que le texte est relativement court. Il ne comporte que six articles. Le premier - le plus important - est celui qui instaure les principales mesures de cette réforme. Il s'agit de la nouvelle plateforme Parcoursup, l'étude des dossiers des élèves de Terminale par les universités et non plus par un algorithme, et ces remises à niveau obligatoires si l'université considère que l'élève n'a pas les compétences minimales pour débuter la licence de son choix.

L'examen du projet de loi doit durer trois jours mais, avant même le vote du premier article, le gouvernement a apporté des précisions sur les pré-requis, les compétences nécessaires aux élèves de Terminale pour intégrer une formation du supérieur. Ces attendus nationaux ont été publiés sur le site internet de l'Enseignement supérieur dès mardi soir. Par exemple, pour entrer en licence de droit, il sera demandé à tous les bacheliers d'avoir suivi un module de découverte du droit.

Un cadre flou 

Pour toutes les autres filières, c'est assez vague. Par exemple, en psychologie - une filière en tension -, les bacheliers devront "disposer de compétences de raisonnement logique et d'argumentation" ou encore "savoir travailler de façon autonome et organiser leur travail". Les universités devront ensuite décliner ces pré-requis puis examiner les dossiers des élèves. Le cadre national étant flou, les universités pourront donc avoir une marge de manoeuvre assez grande. Quand, en Staps (la filière sport), les attendus nationaux exigent que les élèves disposent "de compétences scientifiques", on peut imaginer que certaines universités seront plus exigeantes que d'autres et demanderont obligatoirement d'avoir un Bac scientifique. Sinon, il faudra passer par une remise à niveau qui pourrait être très contraignante, voire dissuasive. Il y a fort à parier que le débat dérive rapidement sur ces attendus.