Harcèlement de rue dans le quartier La Chapelle-Pajol, à Paris : la polémique en quatre actes

Dans "Le Parisien" du 18 mai, des femmes de ce quartier des 18e et 10e arrondissements de la capitale relatent les injures, les menaces et les agressions auxquelles elles doivent faire face. L'article a mis le feu aux poudres. Franceinfo revient sur la polémique. 

La rue pajol, dans le 18e arrondissement de Paris, en mai 2016.
La rue pajol, dans le 18e arrondissement de Paris, en mai 2016. (GOOGLE STREET VIEW)

"Depuis plus d'un an, le quartier Chapelle-Pajol, à Paris (Xe- XVIIIe), a totalement changé de physionomie : des groupes de dizaines d’hommes seuls, vendeurs à la sauvette, dealeurs, migrants et passeurs, tiennent les rues, harcelant les femmes". Tout commence avec cet article du Parisien, publié le 18 mai. Le quotidien décrit longuement comment des femmes de ce quartier du nord-est de la capitale "se plaignent de ne pas pouvoir se déplacer sans essuyer des remarques et des insultes de la part des hommes". Le sujet, explosif, entraîne immédiatement une vive controverse, forçant la maire de Paris à réagir. Franceinfo vous résume la polémique.

1"Le Parisien" affirme que des femmes se font harceler dans le quartier La Chapelle-Pajol

"Ce sont plusieurs centaines de mètres carrés de bitume abandonnés aux seuls hommes, et où les femmes n'ont plus droit de cité". Ainsi débute l'article du Parisien qui précise que, face à cette situation, des habitantes du quartier "révoltées" ont lancé une "vaste pétition pour dénoncer la situation". Concrètement, les femmes "ne peuvent plus sortir seules, porter une jupe ou un pantalon trop près du corps sans recevoir une bordée d'injures". L'une d'elles témoigne "avoir subi un jet de cigarette allumée dans les cheveux"

"Le simple fait de circuler est devenu problématique. Le café, en bas de chez moi, un bistrot autrefois sympa, s'est transformé en repaire exclusivement masculin et en permanence bondé :  j’ai droit à mon lot de remarques lorsque je passe devant, d’autant plus qu’ils boivent énormément", raconte encore une autre.

2Les associations dénoncent également la situation sur place

Les associations appuient les remarques des habitantes dans un texte qui accompagne la pétition en ligne. Elles estiment ainsi que les femmes sont "une espèce en voie de disparition au cœur de Paris". Les signataires dénoncent "les insultes, (...) les vols à la tire, les pickpockets, les trafics", et le fait que "les employés de ces trafics nous signifient chaque jour que nous sommes indésirables, nous et nos enfants. Désormais la place de la Chapelle, la rue Pajol, la rue Philippe-de-Girard, la rue Marx-Dormoy, la station de métro et le boulevard de la Chapelle sont abandonnés aux seuls hommes."

Interviewée par franceinfo, Nathalie, membre de l'association SOS La Chapelle, tire la sonnette d'alarme. "En plein cœur de Paris, vous avez des quartiers où les femmes doivent maintenant faire attention à leur manière de s'habiller, doivent faire des détours pour ne pas subir de harcèlement physique ou verbal. Nous nous sentons toutes extrêmement en danger. Ça devient dramatique", explique-t-elle. 

3La mairie de Paris promet un plan d'actions spécifiques

Face à cette situation, Anne Hidalgo a décidé de réagir dans une série de tweets. La mairie de "Paris et la préfecture de police ont identifié cette problématique depuis plusieurs semaines et déploient un dispositif dédié pour sanctionner les auteurs de ces actes et permettre au plus vite un retour à la normale", écrit l'édile, qui promet "un plan d'actions spécifiques contre les discriminations envers les femmes" et l'augmentation "de façon importante des contrôles de police"

Dans une interview à franceinfo, le maire PS du 18e arrondissement de Paris, Eric Lejoindre, reconnaît l'ampleur du problème : "Il y a une difficulté pour les femmes, mais aussi pour les hommes, à circuler sur cette place, c'est indéniable". Mais, ajoute-t-il, "je ne suis pas sûr que la façon dont Le Parisien a décrit les choses soit exactement conforme à ce qui est vécu sur place"

La création d'un groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) consacré à Pajol sera étudiée le 31 mai, lors d'une rencontre entre le procureur de la République, François Molins, et les maires d'arrondissements, précise Le Parisien.

4Des contre-manifestants dénoncent "une manipulation raciste d'associations"

Vendredi 19 mai après-midi, lors du rassemblement des femmes de La Chapelle, une dizaine de contre-manifestants (dont des militants engagés auprès des migrants) ont voulu faire entendre leur voix. Leur slogan : "Féminisme n'est pas racisme." "Tout ça est une manipulation raciste d'associations qui ont tout fait pour expulser les migrants ces derniers mois", assure au Parisien Alice, 40 ans, qui dénonce aussi la présence, dans le rassemblement, de la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse (Les Républicains) et de la candidate LR aux législatives sur la circonscription, Babette de Rozières.

Dans le Parisien, Jean regrette pour sa part que "la fachosphère se soit greffée" à la lutte des femmes dans le quartier. "Mais ce mégabuzz va peut-être faire bouger les choses", reconnaît le jeune père de famille.