Matignon donne son feu vert pour une salle de shoot à Paris

Illégaux en France, ces lieux de consommation de drogue sont destinés aux toxicomanes de rue, précarisés et en rupture.

Une salle de shoot à Bâle (Suisse), à la frontière française, le 8 octobre 2010.
Une salle de shoot à Bâle (Suisse), à la frontière française, le 8 octobre 2010. ( MAXPPP)

Le feu vert est donné. Matignon est favorable à l'ouverture une salle de consommation de drogue à Paris, et l'a indiqué officiellement mardi 5 février, confirmant une information de France Culture. Actuellement illégales en France, ces salles de consommation sont destinées aux toxicomanes de rue, précarisés et en rupture. Elles doivent leur permettre de consommer leurs propres produits dans de bonnes conditions d'hygiène et sous supervision de personnels de santé, et de réduire les troubles à l'ordre public.

Les services du Premier ministre n'ont pas précisé le calendrier de mise en œuvre, ni le lieu d'implantation de cette salle dans la capitale. C'est la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et toxicomanies (Mildt) qui est chargée de la mise en place de cette expérimentation, avec le ministère de la Santé, a ajouté Matignon.

L'impulsion du ministère de la Santé

En 2012, la ministre de la Santé avait promis des expérimentations "dans le courant de l'année 2013". Marisol Touraine avait aussi confié à la Mildt "une étude de faisabilité" des différents projets. Plusieurs villes, de gauche comme de droite, sont sur les rangs pour accueillir ces salles de shoot. 

Jean-Marie Le Guen, député PS de Paris, est un ardent défenseur du projet : "La candidature de Paris pour accueillir ce type de structures s'inscrit au terme d'un long travail préparatoire et d'une réflexion aboutie, a-t-il commenté. Nous sommes prêts (...). L'accord du Premier ministre valide à la fois la solidité de notre démarche et, plus généralement, reconnaît notre engagement très fort dans le champ de la prévention des conduites à risques."

Le "non" catégorique de l'UMP

Au niveau national comme au niveau municipal, l'UMP s'est déclarée hostile à la création de ce type de lieux. "Le gouvernement applique à la lettre la théorie du 'mal par le mal' en essayant de guérir 'l'héroïne par l'héroïne', a réagi la secrétaire générale adjointe de l'UMP Camille Bedin. La gauche caviar et cannabis ne gouverne qu'au gré des lobbies (…). Le gouvernement devrait s'efforcer (…) de mettre en place davantage de places en soins hospitaliers ou pré-hospitaliers (…) et de revenir à une véritable politique de lutte contre les trafiquants de drogues."

Les salles de shoot avaient déjà fait débat en France il y a trois ans, lorsque la droite était au pouvoir. Ministre de la Santé à l'époque, Roselyne Bachelot avait montré son intérêt pour ce type de lieux. Mais le Premier ministre, François Fillon, s'y était opposé, jugeant leur mise en place "ni utile ni souhaitable".