"Ce n'est que déplacer le problème" : à Paris, des riverains de Stalingrad sceptiques après le regroupement des fumeurs de crack dans un parc

Dans le quartier Stalingrad, dans le nord-est de la capitale, des fumeurs de crack peuvent consommer leur drogue en journée dans un parc. Une décision de la préfecture de police pour éviter qu'ils ne le fassent en pleine rue, mais elle est loin d'être acceptée par tout le monde. 

Article rédigé par
Boris Loumagne - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des consommateurs de drogue quartier de Stalingrad, à Paris, en février 2021. (DE POULPIQUET / LEJEUNE / LE PARISIEN / MAXPPP)

Fin de journée aux jardins d'Éole, dans le 18e arrondissement de Paris. Des consommateurs fument leur pipe de crack, allongés sur l'herbe, les dealers les toisent, les familles, elles, se font rares. "Cela oblige à être vigilant", confie Wari, les yeux rivés sur son fils. Depuis lundi 17 mai, ce parc public accueille les consommateurs de drogue en journée et jusqu'à une heure du matin. Une mesure temporaire prise par la préfecture de police de Paris, pour tenter d'éviter les trafics dans la rue, sous les fenêtres des riverains excédés par les nuisances et l'insécurité. Mais ces derniers ont du mal à comprendre ce choix.

Un parc pour enfants

Derrière le père de famille, ce soir-là vers 18 heures, une dizaine de consommateurs de crack sont réunis dans ce parc parisien du quartier Stalingrad, à cheval entre 10e, 18e, et 19e arrondissements. "Ce n'est pas leur place. C'est un parc pour enfants et c'est dommage que ça ne le reste pas, assure Wari. Et puis surtout, franchement, ça fait mal au cœur de voir des gens dans une détresse pareille. Se retrouver parqués comme ça, ce n'est pas humain. C'est dommage pour une capitale comme Paris de laisser ces gens dans cette situation."

Comme Wari, Mohamed s'apprête lui aussi à rentrer avec son fils. Dans quelques minutes, il n'y aura plus que les consommateurs de crack dans le parc : "Les autorités compétentes n'ont fait que déplacer le problème. Elles leur ont fait faire le tour du périph, c'est beau d'avoir fait un beau jardin familial, mais si c'est pour les retrouver là..." Alors Mohamed a bien songé à quitter le quartier, mais "on n'est pas des nantis, donc on n'a pas la possibilité".

"C'est un peu flippant. Ce sont des zombies. Ils viennent faire la manche, devant mes enfants."

Mohamed, père de famille

à franceinfo

Entre balançoires et détritus, beaucoup redoutent la formation d'une "nouvelle Colline du crack". Adossé au périphérique, ce terrain vague a été évacué fin 2019, qui a poussé des centaines de "crackeurs", souvent sans-abri, à migrer vers le nord-est de Paris. Plus d'une centaine de riverains du parc ont protesté, mercredi 19 mai.

Anne Hidalgo en appelle à l'État

18h30, les dealers deviennent agressifs. Dans ce quartier, il y a des consommateurs de drogue partout, même quand on s'éloigne du parc. C'est le cas de Romain, 45 ans, fumeur de crack depuis 23 ans. Il a bien tenté d'arrêter, mais en vain. Le crack lui a tout pris : "J'ai perdu mon âme, j'ai perdu l'essence même de mon existence." Malgré tout, il a la tête sur les épaules. D'ailleurs, regrouper les consommateurs dans un parc n'est pas la bonne solution, selon lui : "C'est un abus de faiblesse, ils sont en train de comprendre qu'ils ne vont pas y arriver."

Romain comprend également l'exaspération des riverains face à cette situation : "Il y a une saturation. Quand on sort du boulot, on est fatigué, il y a dix personnes qui vous ont déjà demandé de l'argent, vous tombez sur quelqu'un qui ne comprend pas ça et qui va vous insulter, c'est dur." Quelques mètres plus loin, dans le métro, un homme visiblement en manque crie "le crack nous envoie en enfer".

Dans une interview au Figaro samedi, la maire de Paris rappelle que "la bataille contre le trafic de stupéfiants est le rôle de l'État". Anne Hidalgo précise qu'elle ne "peut pas se satisfaire" de la solution temporaire des jardins d'Éole.

La problématique des toxicomanes dans le quartier parisien de Stalingrad - le reportage de Boris Loumagne
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