Des Français plus tolérants ? Ce qu'il faut retenir du dernier rapport sur le racisme en France

Un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme a été présenté jeudi au Premier ministre.

Un tag raciste à l\'entrée de la mosquée d\'Agen (Lot-et-Garonne), le 5 septembre 2012.
Un tag raciste à l'entrée de la mosquée d'Agen (Lot-et-Garonne), le 5 septembre 2012. (MAXPPP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Avec le terrorisme et la crise des migrants, le contexte est "d'apparence propice au rejet de l'autre", affirme la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) dans son rapport annuel, rendu public jeudi 30 mars. Malgré tout, le nombre d'actes racistes et antisémites a diminué en 2016. Franceinfo revient sur quatre enseignements de cet état des lieux.

"L'indice de tolérance" en nette hausse

La tolérance est évaluée depuis 1990 en France grâce à un "indice longitudinal". La CNCDH constate que cet indice, qui va de 0 à 100, est en nette progression. Il a pris 10 points depuis 2013 et s'établit à 65 en 2016, sachant que le plus bas (49) date de 1991 et que le plus haut (66) remonte à 2009. Pour la politologue Nonna Mayer, citée par l'AFP,  la hausse observée depuis 2013 est due au "renouvellement générationnel – chaque génération est plus tolérante que celle qui la précède", ainsi qu'au "niveau de diplôme, qui monte aussi".

Des actes à caractère raciste en baisse de 45% en 2016 par rapport à 2015…

En moyenne, les policiers et gendarmes enregistrent, chaque mois, près de 800 plaintes portant sur des infractions commises "en raison de la race, de l'origine, de l'ethnie ou de la religion". D'après les chiffres du Service central du renseignement territorial (SCRT), les "actions" et "menaces" à caractère antisémite, antimusulman et autre ont baissé de 44,69 % en 2016 par rapport à 2015.

Dans le détail, "les actes antisémites baissent depuis 2014, avec un net recul de 58,5% en 2016 par rapport à l’année 2015, pour un total de 335 actes (contre 808 en 2015)", écrit la CNCDH. Elle précise que les actes antimusulmans enregistrent une baisse de 57,6% en 2016 (182 actes) par rapport à 2015 (429 actes). La CNCDH souligne que cette "évolution doit être mise en perspective avec le niveau particulièrement élevé d’actes recensés en 2015".

… mais un phénomène encore très sous-évalué

La Commission rappelle que ces chiffres, issus du ministère de l'Intérieur, sont à prendre avec des pincettes. Ils "ne représentent qu’une infime partie
des actes racistes commis en France, en raison de faits infractionnels
largement sous-rapportés", explique-t-elle. "On estime que seuls
6% des injures racistes seraient signalés aux autorités, et 3% seulement seraient
enregistrés au titre de plaintes", poursuit la CNCDH. "On ne mesure que l'écume des choses", commente Christine Lazerges, 
la présidente de l'instance, citée par l'AFP.

Des préjugés tenaces, notamment sur les Roms

Même si la tendance est à une plus grande tolérance, les préjugés sont loin d'avoir disparu : "Près d'une personne interrogée sur deux est ainsi prête à admettre une part de racisme en elle-même", indique la CNCDH. "Il y a une hiérarchie dans les rejets, analyse la politologue Nonna Meyer. Les mieux acceptés sont les juifs, même si de vieux stéréotypes persistent, et tout en bas, il y a les Roms, et juste au-dessus les musulmans."

Ainsi, plus d'un sondé sur deux (54%) pense que les Roms ne veulent pas s'intégrer. Toutefois, "la tolérance à leur égard progresse à un rythme plus élevé que pour les autres minorités", constate la Commission : il faut rappeler qu'en décembre 2014, 77% des sondés partageaient cette opinion.