Comment les supermarchés justifient les mesures déplacées contre les SDF

Un Monoprix de Reims a invité ses clients à ne pas donner à manger aux SDF installés devant le magasin. Mais ce n'est pas le premier supermarché à prendre des mesures contre les sans-abri.

Un sans-abris installé près de poubelles à Paris, le 14 novembre 2012.
Un sans-abris installé près de poubelles à Paris, le 14 novembre 2012. (JOEL SAGET / AFP)

Les sans domicile fixe ne sont pas les bienvenus à proximité des supermarchés français. Un Monoprix de Reims a créé la polémique mardi 8 juillet, en demandant à ses clients de ne pas aider les sans-abris installés à proximité du magasin. Il ne s'agit pourtant pas de la première mesure prise par les grandes surfaces pour éloigner les SDF.

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Ils causeraient "de gros soucis de vol et d'insécurité"

Les clients d'un Monoprix de Reims ont été priés, mardi 8 juillet, de ne pas se montrer généreux avec les sans-abri installés devant le magasin, rapporte France 3 Champagne-Ardenne. Une affiche installée aux caisses expliquait en effet qu'en raison "de gros soucis de vol et d’insécurité, causés en grande partie par les sans-domicile", il ne fallait plus leur donner d'argent ou de nourriture.

Les affiches ont depuis été retirées et le directeur du magasin, interrogé par Metronews, affirme avoir découvert l'initative en rentrant de vacances. Même son de cloche au siège de Monoprix, contacté par francetv info, qui qualifie l'action d'"initiative locale qui ne doit pas se reproduire". "Nous n'avons pas à agir sur ce genre de problématique, puisque les SDF se trouvent à l'extérieur du magasin", explique l'enseigne, ajoutant que "des sanctions" seront prises.

Installés devant les grandes surfaces, ils "indisposent" les clients

Certains supermarchés décident pourtant d'aller plus loin et de tenter d'empêcher les SDF de rester assis devant leurs vitrines. La raison ? La présence des mendiants, qui peuvent parfois se montrer agressifs, importunerait leurs clients.

L'Association des commerçants et artisans (ACAM) de la rue du Minage, à La Rochelle, a ainsi recruté un vigile en octobre 2013, en partenariat avec un magasin Carrefour, raconte Le FigaroLes agents de sécurité de l'entreprise NPS avaient pour mission de se relayer pour déplacer les sans-abris installés près des magasins et du supermarché.

Sud Ouest évoque notamment le cas d'un SDF faisant la manche devant le supermarché Carrefour et refusant de se déplacer de quelques mètres. Le vigile, n'ayant aucune juridiction sur la voie publique, avait finalement dû appeler la police. "Il ne voulait rien entendre, et il dissuadait les gens d'entrer. [...] Si on en laisse un, il y en a un autre, puis deux, puis trois, qui vont arriver, avec les chiens. Certains, sans le savoir, indisposent d'autres personnes", justifiait l'agent de sécurité dans les colonnes de Sud Ouest.

Ils risquent de s'intoxiquer en fouillant dans les poubelles

Autre élément qui dérange les supermarchés : que les SDF récupèrent la nourriture jetée dans les poubelles. Ces produits, encore consommables mais non commercialisables, sont souvent passés à la javel par les employés des magasins pour éviter que les sans-abris ne mettent la main dessus. Le Nouvel Obs révélait ainsi en décembre 2013 le cas d'un magasin 8 à Huit dont les bennes indiquaient que "la responsabilité du magasin [serait] dégagée en cas d'intoxication alimentaire" puisque les produits qui s'y trouvaient étaient "aspergés de produits javellisants". 

La Charente Libre évoquait quant à elle en 2012 le cas d'un supermarché de Sud-Charente qui détruisait l'équivalent "d'un à deux chariots" de nourriture chaque jour. Le but affiché ? "Protéger les gens tentés de récupérer des produits qui peuvent être avariés."

Au siège de Monoprix, on adopte la même position. "Nous sommes légalement responsables des produits entreposés dans nos poubelles : en cas d'intoxication alimentaire, les gens ayant récupéré de la nourriture dans ces bennes pourraient se retourner contre nous", explique l'enseigne. Monoprix n'utilise toutefois pas de javel pour rendre ces aliments impropres à la consommation, préférant garder ses poubelles sous clé jusqu'au passage des éboueurs, comme de nombreux supermarchés. "Nous essayons surtout de développer les dons alimentaires, en partenariat avec des associations pouvant respecter la chaîne du froid et les règles de traçabilité", précise l'enseigne, qui déclare avoir distribué l'équivalent d'un million et demi de repas en 2013.