Choix des prénoms : "Les petits-enfants d'immigrés ont peu souvent des prénoms en référence au pays d'origine de leurs grands-parents"

Baptiste Coulmont, professeur de sociologie, est coauteur d'une étude sur la transmission des prénoms donnés en France par les personnes originaires d’Europe latine ou d’Afrique du Nord.

\"Au bout de deux générations, les petits-enfants d\'immigrés ont très peu souvent des prénoms qui font référence au pays d\'origine de leurs grands-parents\", selon le professeur de sociologie Baptiste Coulmont.
"Au bout de deux générations, les petits-enfants d'immigrés ont très peu souvent des prénoms qui font référence au pays d'origine de leurs grands-parents", selon le professeur de sociologie Baptiste Coulmont. (CHAREYRON PASCAL / MAXPPP)

"Au bout de deux générations, les petits-enfants d'immigrés ont très peu souvent des prénoms qui font référence au pays d'origine de leurs grands-parents", a affirmé mercredi 10 avril sur franceinfo Baptiste Coulmont, professeur de sociologie à l'université Paris 8, coauteur d'une étude de l'Ined (Institut national d’études démographiques) sur la transmission des prénoms donnés en France par les personnes originaires d’Europe latine ou d’Afrique du Nord.

franceinfo : Le premier enseignement de cette étude c'est que, visiblement, quand on choisit le prénom de son enfant, les particularités culturelles ont tendance à disparaître au fil des générations ?

Baptiste Coulmont : Oui et au bout de deux générations, les petits-enfants d'immigrés ont très peu souvent des prénoms qui font référence au pays d'origine de leurs grands-parents. Ça s'explique parce que c'est très difficile de maintenir toute une série de références culturelles - quand on pense à la langue par exemple, les petits-enfants d'immigrés parlent rarement la langue de leurs grands-parents - c'est donc la même chose pour les prénoms. La capacité de garder des références culturelles, c'est très difficile sur plusieurs générations.

Prenons des exemples : dans la première génération d'immigrés originaires d'Europe du sud, les prénoms les plus courants - selon l'étude - ce sont José et Maria, chez leurs enfants ce sont Jean et Marie et chez leurs petits-enfants, Thomas et Laure. On voit bien la perte de contact avec le pays d'origine ?

Il y a une importance des mariages mixtes qui font que vous ne choisissez pas tout seul un prénom, il faut s'accorder avec le conjoint. Parfois "Antonio" ça ne passe pas et il faut opter pour "Antoine". Il y a aussi le fait qu'une bonne partie de ces immigrés étaient des immigrés arrivés très jeunes en France et donc quand ils ont eu 25-30 ans, ils avaient des goûts de Français. Ce qui peut expliquer ces choix. Aujourd'hui en France, il y a des dizaines de milliers de prénoms en circulation, de registres très variés allant des prénoms classiques français - minoritaires - à celui des prénoms anglo-saxons, latins, inventés.

Vous vous êtes aussi intéressé aux immigrés d'origine du Maghreb, est-ce que là il y a une particularité ?

Il y a une différence : à la première génération, quand les personnes arrivent en France et donnent naissance à des enfants en France, ces immigrés d'Afrique du nord ont tendance à garder - plus que les immigrés d'Europe du sud - des prénoms de leur pays d'origine. C'est aussi parce qu'ils arrivent un peu plus âgés que les autres. Mais à la deuxième génération, celle des enfants et des petits-enfants, la particularité culturelle finit par disparaître et il n'y a plus que 20%-23% des petits-enfants d'immigrés d'Afrique du nord qui ont un prénom arabo-musulman. Pourquoi ? C'est encore là l'effet des mariages mixtes et de la difficulté de transmettre sur plusieurs générations les distinctions culturelles. Je pense que les parents choisissent avant tout un prénom qu'ils aiment. Ce qui motive les parents ce n'est pas de choisir un prénom rentable - sinon on choisirait tous le même - mais c'est de faire un joli choix.