Aides sociales : "Cinq milliards d'euros ne sont pas demandés par les plus pauvres"

Invité de franceinfo, Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours catholique, est revenu sur le rapport annuel sur la pauvreté en France, publié par l'association. Il rappelle que de nombreux ménages sans ressources ne bénéficient pas des aides sociales dont ils peuvent bénéficier.

Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours catholique, invité de franceinfi le 17 novembre 2016.
Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours catholique, invité de franceinfi le 17 novembre 2016. (RADIO FRANCE)

Le rapport annuel du Secours catholique sur l'état de la pauvreté en France a été publié, jeudi 9 novembre. Il révèle notamment que les familles sont de plus en plus pauvres et que beaucoup de ménages ne demandent pas les aides auxquelles ils ont droit. En cause : le manque d'information, la complexité des démarches et l'isolement, rappelle Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours catholique, sur franceinfo. 

franceinfo : Y a-t-il des personnes beaucoup plus fragiles que d'autres face à la pauvreté ?

Bernard Thibaud : On observe une précarisation des femmes, des familles et des enfants. Parmi le 1,4 million de personnes que nous soutenons chaque année, la moitié sont des enfants. Aujourd'hui, ce sont vraiment aux qui paient le plus lourd tribut de la pauvreté.

On entend souvent que les pauvres font des enfants pour toucher des allocations ou que les étrangers viennent profiter de notre système social. Les préjugés à l'encontre des pauvres sont très ancrés...

Oui, cela perdure. C'est vraiment la double peine pour les personnes en situation de précarité. La moyenne de niveau de vie des personnes que l'on reçoit est de 548 euros par mois, soit près de la moitié du seuil de pauvreté. Nous entendons souvent des hommes et des femmes politiques qui colportent ces préjugés et c'est très dur pour les personnes que nous recevons. Cela mine leur confiance, l'estime qu'elles ont d'elles-mêmes et cela les empêche d'aller de l'avant.

Y a-t-il beaucoup de personnes qui ne bénéficient pas d'aide financière ?

Aujourd'hui, près de 40% des personnes qui devraient toucher le RSA ne le touchent pas. C'est quelque chose de très important : c'est ce que l'on appelle le non-recours. Beaucoup de personnes qui devraient avoir le droit au RSA ou aux allocations familiales ou aux allocations logements ne les perçoivent ainsi pas en raison du manque d'information, de la complexité des démarches, de leur isolement social. Le non recours c'est cinq milliards d'euros qui ne sont pas demandés par les plus pauvres.

La diminution du nombre de contrats aidés vous inquiète-t-elle ?

Cela nous inquiète beaucoup. Il y a eu des décisions qui ont été prises au profit immédiat des plus aisés, avec notamment l'ISF et le prélèvement forfaitaire unique. Pour les pauvres, c'est 120 000 à 250 000 contrats aidés en moins sur deux ans, ce sont des APL qui ont été coupés. Le logement social a lui aussi été touché. Ce sont des mesures immédiates qui vont toucher directement les plus pauvres. En face, il y a également d'autres mesures qui sont annoncées, mais en différé.

Le gouvernement a lancé sa stratégie contre la pauvreté et une grande concertation s'annonce. Qu'en pensez-vous ?

Pour l'instant, nous n'avons pas eu de rendez-vous depuis cette annonce. Il y a également un projet de loi de finance qui a été publié. Aujourd'hui, en termes de moyens, face à ces annonces, nous n'avons rien. Nous n'avons pas d'objectif, ni de cadre. Nous allons donc nous concerter mais, apparemment, ce sera à moyens constants et ce n'est pas comme cela que nous ferons reculer la pauvreté en France.