Agression de Créteil : ce que disent les procès-verbaux

"Libération" publie des extraits de ces pièces, dans l'enquête sur l'agression du couple à Créteil. Elles révèlent la persistance de clichés antisémites. 

Le quartier de Créteil (Val-de-Marne) où un jeune couple a été agressé le 1er décembre 2014.
Le quartier de Créteil (Val-de-Marne) où un jeune couple a été agressé le 1er décembre 2014. (MARTIN BUREAU / AFP)

Jonathan et Marie* ont été les victimes d'une agression commise à Créteil (Val-de-Marne), le 1er décembre. Le couple a été séquestré dans son logement, la jeune femme violée et leur appartement cambriolé par trois suspects qui, selon des enquêteurs, "partaient de l'idée qu'être juif signifiait que l'on avait de l'argent".

Pourquoi le jeune couple a-t-il été frappé et agressé ? "On sait que ton père est juif et que vous avez de l'argent", ont expliqué les agresseurs au jeune homme au moment des faits. Libération dévoile, jeudi 11 décembre, le contenu des procès-verbaux des auditions du couple, ainsi que ceux de l'agression d'un homme de 70 ans, également à Créteil, pour des motifs semblables.

"Les juifs, ça ne met pas d'argent à la banque"

Patrick Klugman, l'avocat de Jonathan et Marie, dénonce dans Libération des agressions commises par des voyous "infectés par leurs préjugés racistes", et qui "font n'importe quoi de bout en bout". 

Marie explique que, le matin du 1er décembre, "trois hommes entrent, cagoulés, gantés, armés d’un pistolet et d’un fusil à canon scié", selon Libération.

Les assaillants s'adressent à Jonathan pour lui dire : "On sait que ton frère travaille chez R. [une marque de vêtements à la mode], que ton père est juif et que vous avez de l'argent", détaille Jonathan qui explique avoir répondu, concernant ses parents : "S'ils ont de l'argent, au pire, il est à la banque." Le leader du trio lui rétorque alors : "Non, les juifs, ça ne met pas d'argent à la banque." Marie raconte ensuite qu'un des hommes l'a violé alors qu'elle avait la bouche, les poignets et les chevilles scotchés.

"Dis-moi où est l'argent sinon je te bute"

Faute de trouver de l'argent, les attaquants s'énervent. L'un d'eux, raconte Jonathan cité par le quotidien, "m'a mis le fusil à canon scié dans la bouche et m'a dit : 'Dis-moi où est l'argent sinon je te bute'". Au total, le calvaire du couple dure une heure et quart. 

Le journal cite aussi, par ailleurs, les propos d'un homme de 18 ans qui est soupçonné d'avoir fait partie de la bande ayant agressé et frappé Simon E., 70 ans, toujours à Créteil, sur ordre d'un nommé L. "Pourquoi L. visait-il des victimes juives ?, demande le policier. Réponse : "ça je ne sais pas. Tout le monde sait que les juifs ont de l'argent. Mais je n'ai jamais rien entendu de tel sortir de sa bouche. Donc je ne sais pas si c'est pour ça qu'il m'a demandé de sonner chez eux".

Deux suspects - le troisième est toujours en fuite - et un complice présumé ont été arrêtés pour l'agression de Marie et Jonathan. Ils ont été mis en examen. 

* Le prénom a été changé.