Non, les filaments tombés du ciel à Angers et en Moselle ne sont pas des résidus chimiques

D'étranges fils sont apparus dans le ciel de plusieurs départements mardi et samedi derniers. Certains y voient la preuve de l'existence de traînées prétendument toxiques laissées par les avions. Il s'agit en fait de sécrétions d'araignées.

Une toile d\'araignée à Arras (Pas-de-Calais), le 23 octobre 2012. Le phénomène des filaments blancs se produit surtout en septembre et octobre, période où la rosée persistante et importante rend particulièrement visibles les fils de soie des araignées.
Une toile d'araignée à Arras (Pas-de-Calais), le 23 octobre 2012. Le phénomène des filaments blancs se produit surtout en septembre et octobre, période où la rosée persistante et importante rend particulièrement visibles les fils de soie des araignées. ( MAXPPP)

Mais que sont donc ces mystérieux filaments blancs tombés du ciel ? C'est la question que se sont posée certains habitants du Maine-et-Loire et de la Mayenne, mardi 14 octobre, ainsi que de la Moselle, samedi 18 octobre. Cet étrange phénomène, déjà repéré l'an dernier à la même période, est vu par certains comme la preuve que les traînées laissées par les avions sont composées de produits toxiques. Une théorie balayée par les scientifiques, qui expliquent qu’il s’agit tout simplement de toiles d’araignée.

A quoi ressemblent ces filaments ?

"Tout l’après-midi, des filaments ont chuté", raconte Stéphane, cité par Ouest-France, qui les a observés un peu partout, mardi 14 octobre, de son jardin aux champs des communes environnantes, dans les alentours d’Angers. Ils avaient un "aspect blanc, une texture souple, et ont rétréci brusquement sous l'action d'une flamme"explique au quotidien un habitant d’un village de Mayenne, juste au nord du Maine-et-Loire. Pour lui, "impossible de les confondre avec une toile d'araignée"

Elodie, résidente d’une autre commune du Maine-et-Loire, estime au contraire que "c'était comme une grosse toile d'araignée", et assure n'avoir jamais rien vu de tel. En novembre dernier, Le Dauphiné libéré publiait des photos d'un phénomène similaire dans la Drôme et en Ardèche.

Jusqu'où vont les théories ?

Stéphane, l'habitant du Maine-et-Loire interrogé par Ouest-France, en est certain : ces mystérieux filaments sont le résultat "d'épandages aériens clandestins de produits chimiques", dans le but de "modifier les températures de la planète". Cette théorie trouve sa source dans un mythe répandu dans les milieux conspirationnistes, et même chez certains écologistes, et largement diffusé sur internet : celui des chemtrails, "traînées de produits chimiques" en anglais. 

Comme l'expliquait Le Monde en août, les tenants de cette théorie assurent que les traînées blanches visibles dans le ciel après le passage d'un avion sont le signe que l'appareil répand des produits chimiques dans l'atmosphère. Une partie d'entre eux y voit une façon de modifier la météo et ainsi de contrôler le climat. Tous s'accordent en tout cas pour dire que les chemtrails sont secrètes et dangereuses pour la santé, leurs conséquences allant des dérèglements hormonaux aux maladies d'Alzheimer et de Parkinson. Et, parfois, ces produits chimiques retomberaient au sol de façon visible, sous la forme de filaments blancs semblant être faits d'une matière plastique.

Ces filaments trouvent également une place dans la mythologie du mouvement raëlien, cette secte qui affirme que la Terre a été créée par une civilisation extraterrestre. Pour les adeptes de Raël, ces "cheveux d'anges", comme ils les appellent, seraient provoqués par le déplacement des ovnis dans l'atmosphère. Ils seraient également liés aux apparitions des anges ou de la Vierge Marie.

Que répond la science ?

Après un phénomène similaire, en novembre dernier, des habitants inquiets de la Drôme et de l'Ardèche ont saisi la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), une association créée pour surveiller les conséquences en France de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. La Criirad, qui dit avoir reçu de "nombreuses demandes", a conclu que les filaments n'étaient absolument pas radioactifs"Notre laboratoire ne dispose, pour l'heure, d'aucun élément susceptible de mettre en doute l'origine naturelle du phénomène observé", a ajouté l'organisme. Elle n'a pas poussé les analyses plus loin, mais livre son hypothèse, basée sur ses recherches et plusieurs témoignages : "Cet événement correspondrait à un épisode particulièrement intense du phénomène dit du 'fil de la vierge' : de jeunes araignées migrent en tissant un fil emporté par le vent."

"Ce sont toujours les mêmes questions qui reviennent à cette période de l'année", confirme Frédéric Ysnel. Ce spécialiste des araignées à l'université de Rennes 1, contacté par francetv info, qualifie le phénomène des filaments blancs de "tout à fait classique, surtout entre septembre et octobre". Les jeunes araignées pratiquent ce qu'on appelle la dispersion aérienne : pour se déplacer sur des distances relativement grandes, elles sécrètent "un fil de soie très léger qui est pris dans le vent et leur sert de parachute". Ces fils finissent souvent par s'accrocher dans les branchages ou par s'emmêler et s'agglomérer entre eux. 

Cette dispersion a lieu toute l'année de façon invisible. Si, tous les ans, des témoins la découvrent, c'est à cause du climat, explique Frédéric Ysnel : ces fils sont rendus visibles à cette période de l'année par une rosée particulièrement "conséquente et persistante", qui ne s'évapore pas à cause du fort taux d'humidité. "Ce matin, j'étais sur le terrain avec mes étudiants, raconte-t-il, et il y en avait partout." Au témoin qui trouvait suspect que les filaments "rétrécissent brusquement sous l'action d'une flamme", Ysnel assure que les toiles d'araignée brûlent effectivement "un peu comme du plastique". Enfin, aucune chance que ces fils de soie soient dangereux pour la santé.