"Nous ne sommes pas loin de la vérité" : comment travaille l'expert qui "vieillit" les visages d'enfants disparus

À l'occasion de la Journée internationale des enfants disparus, franceinfo vous emmène à la découverte de la technique du vieillissement de photos utilisée dans le laboratoire de la gendarmerie nationale. Un savoir-faire qui relance d'anciennes enquêtes. 

A l\'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale, l\'expert, Aimé Conigliaro, travaille sur le vieillissement des photos d\'enfants disparus.
A l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale, l'expert, Aimé Conigliaro, travaille sur le vieillissement des photos d'enfants disparus. (RADIO FRANCE / Mathilde Lemaire)

La journée internationale des enfants disparus, organisée jeudi 25 mai, est l'occasion de rappeler l'existence d'un numéro de téléphone européen, le 116 000, un numéro de signalement, de conseil et de soutien aux familles géré par le Centre français de protection de l'enfance (Cfpe). Si la plupart des cas sont rapidement résolus, certains enfants sont recherchés, en vain. Pour relancer des appels à témoins après plusieurs années, les enquêteurs se servent de photos enrichies par le vieillissement d'un visage. En France, un seul expert est sollicité pour cette technique.

Journée mondiale des enfants disparus : rencontre avec l'expert qui "vieillit" les visages pour mieux les reconnaître - un reportage de Mathilde Lemaire
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Les bureaux d'Aimé Conigliaro, sont situés à l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale, à Pontoise (Oise). Au-dessus des laboratoires d'autopsie, le couloir menant à ses locaux est tapissé par des vitrines peu ordinaires. Elles abritent des ossements à caractère anthropologique, qui montrent les étapes de la reconstruction de visage. "Un musée des bizarreries qui nous identifie bien par rapport à l’ensemble des services", résume l'expertProthésiste dentaire de formation, il travaille essentiellement à l'identification des corps après un meurtre, un accident, un attentat. Mais quatre à cinq fois par an, des juges ou des officiers lui demandent de travailler sur des photos d'un enfant disparu, afin de relancer l'enquête et d'augmenter les chances d'une reconnaissance. Plusieurs années après le signalement d'une disparition, une photo actualisée peut susciter de nouveau témoignages.  

Une méthode et un logiciel mis au point par l'expert

Avec la souris de son ordinateur, Aimé Conigliaro étire chaque trait d'un visage. Sur l'écran, s'affiche la photo d'un enfant, Thomas, disparu il y a douze ans. À partir de 27 mesures spécifiques, l'expert positionne des points rouges sur l’ensemble du visage du jeune garçon. "Ensuite, on demande au tableur, en fonction de l’âge du vieillissement souhaité de nous donner de nouveaux points anthropométriques", explique-t-il. Les nouveaux repères s'affichent en vert et tracent les contours d'un visage mûri, passé de 13 à 25 ans. Le visage s’allonge, le nez va s’épater un peu plus. Seuls les fossettes et les yeux restent inchangés, lors du passage à l'âge adulte. 

La ressemblance familiale utilisée

Pour la deuxième étape de la transformation la plus réaliste possible d'un visage, Aimé Conigliaro demande aux parents des photos d'eux-mêmes, à l'âge qu'aurait leur enfant aujourd'hui. "On va faire un morphing entre le papa et la maman, dans une proportion de 60/40 ou de 70/30, en fonction de la ressemblance avec les parents", explique-t-il. Un visage hybride est alors mélangé avec celui de l’enfant vieilli. "Nous ne sommes pas loin de la vérité", dit-il. Si Aimé Conigliaro est assez sûr de son résultat, c'est qu'il s'est beaucoup exercé avec d’anciennes photos d'enfants de ses collègues. Cet entraînement lui a permis de valider sa méthode.

L'espoir d'un dénouement

Malgré ce travail minutieux et précis, il reste rare que les enfants dont il mûrit les visages soient retrouvés. "J’ai eu deux affaires résolues, dont l'une avec un enfant retrouvé en Angleterre. Quand cela arrive, ça nous remplit de joie bien sûr", déclare-t-il. Aimé Conigliaro a l'impression de connaître les enfants dont les visages s'affichent si souvent devant lui. "Je leur parle en leur disant ce que je vais faire, pour me donner aussi un peu de courage", confie-t-il. Son travail est important pour des parents dans la souffrance. Il est la preuve que le dossier n'est pas clos, que l'enquête continue, et que l'espoir, même infime, reste permis.