Bezos vers la Lune, Musk vers Mars, Branson dans l'espace : où en sont les projets spatiaux des milliardaires ?

La Lune, Mars ou des vols à la portée de riches touristes : les milliardaires Jeff Bezos, Elon Musk et Richard Branson continuent leur conquête (privée) de l'espace. 

Le patron d\'Amazon et de Blue Origin, Jeff Bezos, lors d\'une présentation à la presse, à Washington (Etats-Unis), le 9 mai 2019. 
Le patron d'Amazon et de Blue Origin, Jeff Bezos, lors d'une présentation à la presse, à Washington (Etats-Unis), le 9 mai 2019.  (MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Les pieds sur Terre, la tête dans les étoiles et la main au portefeuille. La conquête spatiale entreprise par les milliardaires américains Jeff Bezos, Elon Musk et le Britannique Richard Branson bat son plein. Depuis Washington, le patron d'Amazon – et homme le plus riche du monde – a dévoilé, jeudi 9 mai, Blue Moon, un projet d'alunisseur permettant de transporter sur la Lune véhicules et équipements, en vue d'une installation plus durable sur notre satellite.  

Dans une conférence de presse marquée par des formules et promesses plus ambitieuses les unes que les autres – "il pourrait y avoir un billion d'humains répartis dans le système solaire, ce qui veut dire que nous aurons 1 000 Mozart et 1 000 Einstein" –, Jeff Bezos a détaillé son ambition pour l'homme du futur (proche). 

L'occasion de refaire le point sur son projet et ceux de la concurrence. 

Jeff Bezos veut aller sur la Lune 

Jeff Bezos, le patron d'Amazon, a été le premier à se lancer dans la course en fondant sa compagnie spatiale, Blue Origin, en 2000. Depuis, l'entreprise, qui compte désormais 2 000 salariés, espère décrocher des contrats avec la Nasa pour le retour d'astronautes sur la Lune. 

Comment ? "Voici Blue Moon", a déclaré Jeff Bezos lors de sa présentation tandis que, derrière lui, des rideaux s'ouvraient sur la maquette d'un grand alunisseur, pesant plus de 3 tonnes à vide et 15 tonnes avec le plein de carburant, le tout équipé d'un unique moteur. Blue Moon devrait pouvoir transporter 3,6 tonnes de fret sur la surface lunaire, et 6,5 tonnes dans une version plus grande.

L\'alunisseur \"Blue Moon\", présenté par Jeff Bezos, jeudi 9 mai 2019, à Washington (Etats-Unis). 
L'alunisseur "Blue Moon", présenté par Jeff Bezos, jeudi 9 mai 2019, à Washington (Etats-Unis).  (MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

L'alunisseur, posé sur quatre jambes, a un pont supérieur où pourront être fixés des équipements. Un grand réservoir sphérique de carburant (de l'hydrogène liquéfié) occupe son cœur. "C'est un véhicule incroyable, et il ira sur la Lune", a assuré Jeff Bezos.

Pourquoi ? L'alunisseur, développé depuis trois ans, pourra emmener sur la Lune des instruments scientifiques, quatre petits rovers, mais aussi un futur véhicule pressurisé pour humains, selon le milliardaire. Il ne pourra pas lui-même embarquer des astronautes, mais serait suffisamment grand pour accueillir sur son pont un véhicule "d'ascension", c'est-à-dire un petit vaisseau, construit par d'autres, permettant aux astronautes de faire le voyage de la surface de la Lune vers une station en orbite.

Le but du projet est d'atterrir au pôle Sud de la Lune, où se trouve de l'eau glacée. L'eau peut être exploitée pour produire de l'hydrogène, qui servirait ensuite de carburant pour explorer le système solaire. 

Quand ? D'après un document diffusé ensuite par Blue Origin, l'objectif du premier alunissage est 2024, c'est-à-dire la date fixée il y a moins de deux mois par le gouvernement de Donald Trump pour le retour d'astronautes sur la Lune. 

Elon Musk veut coloniser Mars 

"Oh, arrête de nous faire marcher, Jeff", a tweeté Elon Musk à son concurrent vendredi matin, ponctuant le tout d'un émoji clin d'œil. Car le patron de SpaceX, la société spatiale créée en 2002, a lui aussi quelques révélations à faire. Sa prochaine communication sur l'avancement de son projet Starship devrait avoir lieu "probablement le 20 juin", a-t-il indiqué sur Twitter. C'est avec cette fusée que l'entrepreneur ambitionne d'envoyer la première mission habitée sur Mars. 

Comment ? Le design rétro de Starship (autrefois appelé Big Falcon Rocket) rappelle la fusée de l'album de Tintin Objectif Lune. Il devra d'ailleurs également permettre de mettre en orbite de notre satellite de riches passionnés d'aérospatiale d'ici 2023, mais sa destination ultime est bien la planète Mars. Assemblé à Boca Chica au Texas, "l'engin semble construit en trois parties", détaille Le Figaro. "D'un côté le sommet et de l'autre la base, avec trois pieds d'atterrissage fixes, et une partie cylindrique pour le corps de l'engin." Début avril, la firme a déjà effectué des tests sur son prototype, Starhopper.

Puisque la fusée se doit d'être réutilisable, les tests à venir doivent permettre de savoir si l'engin peut décoller, se poser et décoller à nouveau, le tout à la verticale. 

Pourquoi ? Pour établir des colonies martiennes, bien sûr. Selon Elon Musk, cité par le magazine en ligne Inverse (article en anglais), une première colonie pourrait voir le jour d'ici sept à dix ans. Cette dernière serait chargée de construire une station de recyclage et autres infrastructures permettant d'accueillir une communauté humaine. "L'idée serait de s'élargir, pas simplement en installant un avant-poste, mais une base plus grande, pas comme ce qui se fait en Antarctique, mais plutôt comme un village, une ville, laquelle grandirait, et enfin, plusieurs villes sur Mars", a détaillé Paul Wooster, l'un des ingénieurs chargés du projet, fin 2018, poursuit Inverse. 

Quand ? SpaceX a pour objectif d'envoyer des vols non habités en 2022. Ces derniers permettraient d'acheminer sur Mars du matériel utile aux premiers explorateurs, dont l'arrivée est prévue en 2024. 

Richard Branson veut vous envoyer dans l'espace 

Le train, avec Virgin Rail, l'avion, avec Virgin Atlantic, et enfin l'espace, avec Virgin Galactic. Depuis 2004, l'entrepreneur britannique Richard Branson se rêve en patron de la première compagnie proposant des voyages touristiques dans l'espace. 

Comment ? Le vaisseau spatial de Richard Branson s'appelle le VSS Unity. Il s'agit d'un avion supersonique construit par The Spaceship Company, une branche de Virgin Galactic codétenue avec la société Scaled Composites. En février, l'engin a été lancé à 90 kilomètres du sol, entrant officiellement dans l'espace avec deux pilotes à son bord. L'engin est porté par son avion-porteur, le VMS Eve, avant de s'en détacher pour effectuer un court séjour dans l'espace. 

Equipé de deux sièges pour les pilotes et de six places pour les passagers, le VSS Unity (auquel s'ajouteront les VSS Etta et VSS Artie), offrirait 2h50 de voyage, dont quatre minutes en apesanteur, détaille le site TechRadar (lien en anglais), le tout pour 250 000 dollars. L'engin est pour l'instant testé en Californie, dans le désert du Mojave.

Le \"VSS Unity\", de Virgin Galactic, lors d\'un vol d\'essai dans le désert du Mojave, en Californie (Etats-Unis), le 22 février 2019. 
Le "VSS Unity", de Virgin Galactic, lors d'un vol d'essai dans le désert du Mojave, en Californie (Etats-Unis), le 22 février 2019.  (AFP)

Pourquoi ? Pour Richard Branson, le tourisme spatial pourrait avoir un effet positif sur l'humanité. Toujours selon le site spécialisé, le milliardaire pense que l'"overview effect", le fait d'observer la Terre à distance, permettrait à l'être humain de comprendre l'absurdité des frontières et des différences culturelles. Plus concrètement, il y a aussi énormément d'argent à se faire : alors qu'aucun touriste n'a encore voyagé dans l'espace, 600 personnes se sont portées volontaires pour débourser 250 000 dollars afin de s'offrir les premiers voyages suborbitaux.

Quand ? La société espère envoyer les premiers touristes dans l'espace en 2020, voire à la fin de l'année 2019.