Un essai clinique clandestin mené sur au moins 350 personnes interdit par l'Agence du médicament

L'Agence du médicament (ANSM) a saisi la justice après avoir eu connaissance de ces pratiques illégales. 

L\'abbaye de Sainte-Croix, à proximité de Poitiers, abritait cet essai clinique illégal.
L'abbaye de Sainte-Croix, à proximité de Poitiers, abritait cet essai clinique illégal. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

L'Agence du médicament (ANSM) a saisi la justice après la découverte d'un "essai clinique sauvage" à Poitiers, dans la Vienne, jeudi 19 septembre. Des molécules aux effets inconnus ont été testées sur au moins 350 malades de Parkinson ou Alzheimer, en partie dans une abbaye et hors de tout cadre légal. 

La ministre de la Santé "effondrée, horrifiée" par cette découverte

Cet essai sauvage était mené par une structure baptisée Fonds Josefa, dont le vice-président est le Pr Henri Joyeux, contesté par la communauté médicale notamment à cause de ses positions anti-vaccins.

L'interdiction a été immédiatement prononcée par la police sanitaire et "l'ANSM a également saisi la justice", a-t-elle indiqué dans un communiqué. C'est le pôle Santé du parquet de Paris qui est en charge de l'affaire. Un tel "essai clinique sauvage" est "très rare, a fortiori quand il est de cette ampleur", a expliqué Bernard Celli, directeur de l'inspection à l'ANSM, estimant qu'il s'agissait "d'une atteinte grave au code de la santé publique et au code pénal".

Interrogée sur Franceinter, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a dénoncé une "faute lourde" et s'est dite "effondrée, horrifiée." "Il y aura des sanctions et des poursuites", a-t-elle également précisé. 

Des patients accueillis dans une abbaye

Henri Joyeux, joint par l'AFP, assure que "ça n'a rien à voir avec un essai clinique" mais refuse d'en dire davantage. L'expérimentation consistait à appliquer aux patients des patchs contenant deux molécules, appelées valentonine et 6-méthoxy-harmalan, dans l'espoir de traiter plusieurs maladies neurologiques. Ces molécules sont proches de la mélatonine, hormone fréquemment utilisée pour mieux dormir mais déconseillée à certaines populations en raison d'effets secondaires.

L'Agence a demandé aux participants à ces essais "de ne plus utiliser ces patchs" et "de consulter rapidement (leur) médecin traitant pour l'informer de la situation, réaliser un bilan de santé et s'assurer que la prise en charge de (leur) maladie est adéquate." L'ANSM estime qu'au moins 350 patients ont été reçus dans l'abbaye de Sainte-Croix, près de Poitiers. "Il semble qu'ils y passaient une nuit et qu'ils subissaient une prise de sang le matin", explique Bernard Celli.  L'ANSM a découvert cet essai illégal grâce à une inspection de contrôle, menée début septembre au laboratoire où les prises de sang étaient envoyées pour analyse.

L'instigateur de cet "essai clinique sauvage" risque 15 000 euros d'amende et d'un an de prison, indique l'ANSM, sans compter les éventuelles peines du code pénal.