Tribune contre les violences médicales : "On ne nous apprend pas à demander le consentement des patients", regrette une étudiante en médecine

Selon une étudiante en médecine, signataire d'une tribune pour dénoncer les violences médicales. Elle décrit un système de santé "maltraitant envers ces usagers". Elle milite pour changer les choses.

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Radio France
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Un service de gynécologie à Colmar. Photo d'illustration. (HERV? KIELWASSER / MAXPPP)

"On ne nous apprend pas à demander le consentement des patients", a regretté Marielle, étudiante en médecine et signataire d'une lettre ouverte publiée sur franceinfo.fr pour dénoncer les violences médicales. À la suite de plusieurs affaires, dont celle du gynécologue Émile Daraï, soupçonné de viols, et mis définitivement en retrait de ses responsabilités de chef de service à l'hôpital Tenon à Paris, des étudiantes et étudiants en santé regroupés au sein d'associations et de collectifs ont souhaité apporter leur soutien aux victimes. "On n'en peut plus de cette violence qu'on voit tous les jours. On aimerait que ça change", a témoigné Marielle.

franceinfo : Qu'est-ce qui vous pousse à publier cette tribune ? L'affaire du gynécologue Emile Daraï ?

Marielle : Ce sont des violences que l'on voit quasiment tous les jours à différentes échelles. Au fond de nous, on avait tous envie de réagir. Mais vraiment, le fait de voir cette affaire-là gagner en médiatisation nous a poussés à dire que c'était notre moment, il fallait aussi que l'on intervienne. C'était pour dire notre soutien aux personnes victimes de violences à tous les patients qui sont maltraités par ce système médical. Et aussi, c'était une manière de dire qu'on voulait rompre avec l'ancien système en tant qu'étudiants et étudiantes en santé. Ce sont des étudiants en médecine, mais aussi des étudiants en kinésithérapie et en pharmacie qui signent cette tribune aujourd'hui. On voudrait dire que l'on veut changer les choses, qu'on n'en peut plus de cette violence qu'on voit tous les jours et qu'on aimerait que ça change, qu'on ne veut plus ce statu quo. On aimerait être capable de dénoncer ces violences de manières ouvertes et pouvoir en discuter ensemble.

Ce sont des violences systémiques ?

Oui, complètement ! C'est ce qu'on soutient avec le collectif et qu'on voit tous les jours à différentes échelles. On voit le système de santé être maltraitant envers ces usagers. Les biais de la société sont reproduits très fort dans le système médical avec des micro-agressions ou de vraies agressions qui sont sexistes, homophobes, racistes, transphobes. On voit ça tous les jours entre les remarques sur les poids des patientes et des patients, des remarques sur leur sexualité. Des choses qui ne devraient plus avoir lieu aujourd'hui et des attouchements auxquels on a assisté en consultation et aussi l'absence de consentement dans les soins. La plupart du temps, on ne nous apprend pas à demander le consentement des patients et des patientes avant de faire les gestes. Et encore trop souvent, on a des femmes qui sont laissées à moitié nues en consultation de gynécologie. On aimerait changer tout ça.

Que faudrait-il faire pour "changer tout ça" ? C'est un problème de formation ?

Il y a un système très hiérarchique qui empêche le fait de dénoncer les violences. On réclame dans cette lettre deux choses. D'abord, l'horizontalité. On aimerait un peu se débarrasser de cette hiérarchie de patients soignants. On aimerait avoir un système plus horizontal avec la parole des patients et des patientes au centre. On a observé, par exemple, dans la formation en médecine, que les patientes sont rarement conviées à nos formations. On entend beaucoup de choses des médecins, mais on aimerait avoir des collectifs de patientes, des infirmiers et des infirmières, des sages-femmes, une diversité des formations.

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