2018, année noire pour les violences contre les personnes LGBT

SOS homophobie publie son Rapport sur l’homophobie 2019. Il contient des chiffres que l’association juge "alarmants"  et qui attestent de la persistance des LGBTphobies en France.

2018, année noire pour les violences contre les personnes LGBT
2018, année noire pour les violences contre les personnes LGBT

2018 a été une "année noire" pour les violences contre les personnes LGBT+, d’après SOS homophobie. Insultes, moqueries, rejets, discriminations, mais aussi menaces, harcèlement et agressions physiques. L’année dernière, l’association a recueilli 1 905 témoignages (via sa ligne d’écoute, son « chat’écoute » et son formulaire de témoignage en ligne) d’actes LGBTphobes, soit une augmentation de 15 % par rapport aux données de 2017. Cette importante augmentation fait suite à celles de 2017 (+4,8 %) et 2016 (+19,5%), d'après le dernier rapport de SOS homophobie.

Des agressions physiques à la hausse

L’augmentation du nombre d’actes LGBTphobes signalés à l’association s’accompagne en particulier d’une hausse du nombre d’agressions physiques. Les signalements de ce type ont progressé de 66 % en 2018. Au dernier trimestre de l’année, une agression physique par jour était signalée à SOS homophobie. "Ces chiffres confirment la réalité des violences dont sont victimes les personnes LGBT+", estime SOS homophobie dans son communiqué de presse.

Messaoud, la trentaine, est un de ceux qui osé raconter ce qu’il a vécu. Son témoigne est un parmi tant d’autres. Après avoir révélé son homosexualité au sein de sa colocation, il constate qu’un des colocataires change de comportement. Pendant plusieurs mois, Messaoud est victime d’insultes homophobes et de menaces. Une nuit, alors qu’il reçoit son compagnon et fait un peu de bruit, le colocataire vient frapper à la porte, et au travers de celle-ci, exige que le bruit cesse et se fait menaçant. Messaoud ouvre la porte pour le calmer. Le colocataire se déchaîne sur Messaoud qui reçoit plusieurs coups au visage et au thorax.

Progression « spectaculaire » de la déclaration d'actes lesbophobes

Si 73% des victimes qui ont signalé une agression physique à SOS homophobie sont des hommes, le chiffre est trompeur : la proportion d’agressions physiques est comparable dans les témoignages de femmes et d’hommes.

Autre fait marquant de l’année qui vient de s’écouler, toujours d’après le rapport : l’augmentation des signalements d’actes lesbophobes, que SOS homophobie qualifie de « spectaculaire » (+42 %, 365 témoignages signalés en 2018, soit 1 acte lesbophobe par jour). Mais "ces chiffres sont davantage les révélateurs d’une prise de parole des lesbiennes que d’une augmentation de la lesbophobie", tempère l’association. Elle fait un lien entre la prise de parole des femmes homosexuelles et les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc qui ont permis la dénonciations d’actes de harcèlements et de violences envers les femmes et la révélation de l’ampleur de situations jusque-là minimisées.

La lesbophobie peut revêtir plusieurs formes. La première manifestation de la haine lesbophobe est le rejet (78 % des cas de lesbophobie signalés), puis viennent la discrimination (50 %) et les insultes (39 %). Les lesbiennes sont particulièrement la cible d’hommes, seuls ou en groupe, qui non seulement tiennent des propos injurieux, mais leur font des avances sexuelles : sifflements, propositions, attouchements, agressions, menaces de viol.

Les cas spécifiquement gayphobes progressent également de 10 % par rapport à 2017. La biphobie représente 8 % et la transphobie 13 % des témoignages recueillis en 2018 par SOS homophobie.

Internet, premier lieu d’expression des LGBTphobies

23 % des témoignages d'actes LGBTphobes recueillis par SOS homophobie en 2018 ont eu lieu en ligne, faisant d’internet le premier lieu d’expression des LGBTphobies en France, comme chaque année depuis 2010.

"Les réseaux sociaux agissent comme une caisse de résonance des LGBTphobies de la société, amplifiées par la viralité et le sentiment d’impunité en partie lié à l’anonymat", souligne l’association. Les lieux publics (rues, places, jardins publics...) arrivent en deuxième place : 13 % des actes LGBTphobes signalés à SOS homophobie y ont lieu. Vient ensuite le lieu de travail (11 %), la famille (10 %) et le voisinage (9 %). 54% des témoignages reçus sont relatifs à la vie quotidienne.