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Prothèses auditives trop chères : "Un million de Français renoncent à s'appareiller"

L'Autorité de la concurrence a publié mercredi une enquête sur le fonctionnement de la concurrence dans le secteur des audioprothèses. Sa présidente, Isabelle de Silva, a fait part du retard de la France dans ce domaine et du coût prohibitif pour les usagers, sur franceinfo.

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Radio France
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Un homme porte une prothèse auditive pour améliorer l'audition en juin 2016. (JEAN-FRAN?OIS FREY / MAXPPP)

Selon une enquête de l'Autorité de la Concurence publiée mercredi 14 décembre, les prothèses auditives sont trop chères. Conséquence : "Un million de Français renoncent à s'appareiller", a commenté, mercredi 14 décembre sur franceinfo Isabelle de Silva, présidente de l’Autorité de la concurrence. Pour y remédier, l'étude préconise ainsi de séparer l'achat de l'appareillage initial et les prestations de suivi ultérieures. Elle suggère également de supprimer le quota annuel de nouveaux étudiants audioprothésistes.

franceinfo : Combien de personnes ayant besoin de prothèses auditives doivent y renoncer ?

Isabelle da Silva : Trois millions de Français devraient être appareillés, mais seulement deux millions ont un appareil. Un million de Français renonce à s'appareiller notamment pour des raisons financières. Il y a des freins psychologiques. C'est associé au vieillissement. L'autre frein est le coût de la prothèse. Quelqu'un qui doit acheter deux prothèses devra débourser 3 000 euros, dont 2 000 euros restent à sa charge. Il faut une solution plus globale, des politiques d'information et de relance auprès de patients pour qu'ils retournent chez l'audioprothésiste afin d'assurer le suivi de la prothèse.

Comment progresse le nombre de personnes appareillées ?

C'est un marché en croissance importante en France. Il croît d'environ 6% par an. La population vieillit. On sait qu'il y aura des besoins importants. La proportion est plus faible en France qu'ailleurs. Certains pays comme le Danemark sont plus proches de la situation optimale où tous ceux qui doivent être appareillés le sont. Le taux moyen d'équipement en France est équivalent aux autres pays. Cependant, les appareils d'entrée de gamme sont plus chers en France. La deuxième différence, c'est la prise en charge très faible des prothèses par l'assurance maladie. Elle est de 120 euros et n'a pas évolué depuis plusieurs dizaines d'années. D'autres pays ont des prises en charge plus intéressantes, comme en Allemagne, où on est à 800 euros.

Au-delà de la surdité, quelles sont les autres conséquences de l'absence d'appareillage ?

Il y a un coût général pour la société lié au fait de ne pas être appareillé. Des personnes qui n'ont pas leur surdité corrigée développent d'autres pathologies, comme la dépression, des troubles mentaux ou des chutes physiques. Elles font moins de choses, voient moins de personnes. On évalue à environ deux milliards d'euros le coût pour la société du sous-appareillage en France par rapport à ce qu'il devrait être. 

Que faut-il faire pour que davantage de Français s'appareillent ?

Il faut modifier la façon dont on achète les prothèses. Aujourd'hui, le patient est obligé de régler dès le départ le prix de l'appareil et toutes les prestations de l'audioprothésiste. Nous pensons qu'il faut découpler, l'achat de l'appareil et les réglages lors de la première année, des prestations de suivi pendant le reste de vie de l'appareil. En agissant là-dessus, on arrivera à une meilleure vérité des prix et on redonnera la possibilité aux patients de mieux comparer les prestations et de pouvoir changer d'audioprothésistes, s'ils ne sont pas satisfaits.

"Trois millions de Français devraient être appareillés, mais seulement deux millions ont un appareil", Isabelle de Silva
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