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Pour traiter l'alcoolisme, l'agence du médicament admet l'usage du baclofène

Après avoir mis en garde en juin 2011 contre l'utilisation à forte dose de cette molécule, l'Afssaps a émis un avis favorable pour soigner "au cas par cas" la dépendance à l'alcool. 

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Olivier Ameisen, médecin et alcoolique, a découvert il y a plus de sept ans que le baclofène utilisé à fortes doses pouvait supprimer son envie de boire (craving). (JULIO PELAEZ / MAXPPP)

L'agence du médicament admet prudemment l'usage du baclofène dans le traitement de l'alcoolisme. Dans son dernier point d'information sur ce médicament, mercredi 25 avril, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a émis un avis favorable à la prescription aux patients alcoolo-dépendants de cette molécule, normalement utilisée comme décontractant musculaire (myorelaxant).

•  Des prescriptions hors de l'autorisation de mise sur le marché

Anciennement connu sous le nom de Liorésal, ce médicament est en circulation depuis 1974 en tant que myorelaxant. Il a vocation à soulager des contractures musculaires involontaires d'origine neurologique, notamment pour les personnes atteintes de sclérose en plaques.

La popularité du baclofène a explosé en 2008 avec la parution du livre Le Dernier Verre d'Olivier Ameisen, cardiologue devenu alcoolique. Il y raconte que ce médicament a supprimé son envie de boire. Dès lors, plus de 30 000 personnes prennent du baclofène en France pour traiter la dépendance à l'alcool, hors autorisation de mise sur le marché (AMM).

Concernant cette utilisation hors du cadre actuel de l'AMM, "les données de pharmacovigilance sont très limitées, mais ne remettent pas en cause la poursuite de ce type de traitement", note l'Afssaps. "Si l'efficacité du baclofène dans la prise en charge de l'alcoolo-dépendance n'est pas encore démontrée à ce jour, de nouvelles données (...) montrent des bénéfices cliniques chez certains patients", concède-t-elle. 

 • L'Afssaps préconise la prudence 

"Le recours au baclofène doit être considéré au cas par cas et avec une adaptation de la posologie individuelle afin de garantir dans le temps la dose utile pour chaque patient", précise l'Afssaps, dont l'avis favorable reste accompagné de mises en garde. "Une meilleure connaissance du profil de sécurité d'emploi du baclofène dans ce cadre [du traitement de l'alcoolisme] est absolument nécessaire et justifie de maintenir une surveillance très active de l'Afssaps et des professionnels de santé."

En avril dernier, l'agence a autorisé le lancement d'un essai clinique contrôlé, baptisé "Bacloville", chez des patients présentant une consommation d'alcool à haut risque, qui seront suivis pendant au moins un an. En attendant une nouvelle actualisation d'ici à six mois, l'agence rappelle enfin que "la prise en charge de l'alcoolo-dépendance implique une approche globale par des médecins expérimentés dans le suivi de ce type de patients dépendants".

Une molécule vivement défendue par des médecins 

Dans son point datant de juin 2011, l'Afssaps avait prononcé "une mise en garde" à l'égard du baclofène, s’interrogeant sur les effets secondaires induits par son absorption à forte dose, au grand dam de ses défenseurs. Parmi eux, le Pr Bernard Granger, chef de service de psychiatrie à l'hôpital Cochin (Paris), a interpellé l'autorité de santé sur son blog, mis en ligne par Books : "Il y a un moment où vos procédures doivent céder le pas à votre éthique de médecin, écrit-il. Des dizaines de malades meurent tous les mois parce que la prescription de baclofène est découragée par vos services." 

Dans une lettre ouverte dont s'est fait l'écho Le Nouvel Obs, le médecin s’agace des "tergiversations qui favorisent les laboratoires qui développent des molécules brevetées et craignent la généralisation de l’usage de baclofène", précisant que l'ancien Liorésal, désormais tombé dans le domaine public, n'intéresse plus les laboratoires. 

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