Marisol Touraine : l'heure du bilan

Des grandes réformes, mais aussi de nombreuses polémiques... Marisol Touraine est restée cinq ans ministre de la Santé et des Affaires sociales de François Hollande. Quel bilan peut-on en tirer ?

La longévité : voilà ce qui caractérise le mandat de Marisol Touraine. Jamais, sous la Ve  République, un ministre de la Santé ne sera resté aussi longtemps en poste. Nommée le 16 mai 2012, elle achève un quinquennat au bilan mitigé. 

Six mois après son entrée en fonction, médecins libéraux et internes se mettent en grève. Des manifestations qui vont s’enchaîner pendant cinq ans, menant tour à tour les acteurs du secteur privé et du monde hospitalier dans la rue. A l’hôpital, le malaise est grand : infirmiers et aides-soignants ne cessent de dénoncer leurs conditions de travail.

Pour désengorger l'hôpital, Marisol Touraine annonce alors un virage ambulatoire. Une mesure avortée selon les syndicats de médecins libéraux. "Au lieu de faire un virage ambulatoire, Marisol Touraine a organisé le système de santé autour de l’hôpital public, c’était l’inverse qu’il fallait faire. C’était justement cette organisation basée sur la médecine de proximité, la médecine générale, médecine spécialisée de proximité pour éviter le recours à l’hôpital qui était le défi qu’elle devait relever, elle ne l’a pas fait", estime Dr Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF). "On a perdu cinq ans, c’est dramatique ", ajoute-t-il.

"Dogmatique", "autoritaire", voilà les principales critiques adressées à la ministre. Même sa réforme la plus emblématique de la loi santé, celle du tiers payant généralisé, est passée dans la douleur. Pourtant populaire et peu coûteuse, cette mesure, dispensant les patients d’avance de frais, a provoqué la colère des médecins libéraux. "Les médecins libéraux sont opposés au tiers payant généralisé parce qu’ils l’ont vécu, à juste titre, comme une nouvelle dérive administrative, bureaucratique de leur métier car nous passons notre temps à faire de la paperasserie. On n’a pas de temps à perdre à encaisser, vérifier si les différents payeurs nous ont remboursés par le tiers payant. On veut soigner nos patients dans de bonnes conditions ! " affirme Dr Jean-Paul Ortiz.

Malgré les critiques, la ministre n’a pas fléchi : "Lorsque les médecins libéraux disent : 'nous ne voulons pas d’un système qui soit organisé autour de l’hôpital, je leur dis banco. Si nous voulons que les Français, tous les Français, y compris ceux de la classe moyenne, pas simplement les plus pauvres, aillent voir un médecin libéral lorsqu’ils en ont besoin, et bien favorisons le tiers payant !'", déclarait Marisol Touraine sur le plateau du Magazine de la santé le 19 novembre 2014.

Certaines mesures ont davantage fait l’unanimité durant ce quinquennat. C’est le cas notamment de la mise en place du paquet de cigarettes neutre, de l’autorisation du don du sang pour les homosexuels sous certaines conditions ou encore l’amélioration des conditions d’accès à l’IVG. Autre fierté de Marisol Touraine : l'adoption en 2015 de la loi santé, avec une disposition saluée par une partie des acteurs du monde médical : les groupements hospitaliers de territoire (GHT).

"Il s’agit de rassembler sous une autorité unique différents hôpitaux. On passe schématiquement de près de 800 hôpitaux à 135 GHT avec l’idée de mieux coordonner les parcours de soins, d’avoir un projet médical commun, de mettre en commun des ressources. C’est une réforme importante parce qu’elle répond à une nécessité de mieux structurer le tissu hospitalier en France. Et puis, elle offre une perspective aux petits hôpitaux qui peuvent se raccrocher à un navire amiral plutôt que de disparaître", explique Claude Le Pen, professeur d’économie de la santé à l’Université Paris-Dauphine.

Marisol Touraine laisse quelques dossiers brûlants à son successeur. La revalorisation de la consultation des médecins généralistes et des salaires des fonctionnaires hospitaliers pourrait rapidement remettre en cause l’annonce hâtive de la disparition du trou de la Sécurité sociale