Des inégalités sociales criantes dans l'accès aux soins

Tout le monde n'a pas les mêmes chances d'obtenir un rdv médical selon une enquête de la société de conseil Medicine4i. Les habitants de l'ouest de la France et les ouvriers sont les grands perdants de ces disparités.

Des inégalités sociales criantes dans l\'accès aux soins
Des inégalités sociales criantes dans l'accès aux soins (Crédits Photo : © Pixabay / Free-Photos)

Des inégalités sociales et régionales. Les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous chez un médecin dépendent à la fois de la région et de la catégorie socio-professionnelle du patient, selon une étude* publiée le 11 juin 2019 par la société de conseil et de technologies en santé Medicine4i révélée par Le Monde.

Quatre régions du Grand Ouest sont particulièrement touchées quant aux délais d’attente pour obtenir un rendez-vous : la Bretagne, le Centre-Val de Loire, la Normandie et les Pays de la Loire. A elles seules, ces régions représentent près d’un quart (22%) de la population adulte en France dont l'accès aux soins est freiné. Et cet allongement des délais d’attente se serait aggravé au cours des dernières années, selon l’enquête. "Une dégradation qui va bien au-delà des déserts médicaux", assure au Monde Mathias Matallah, président de Medicine4i.

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124 jours d’attente pour un rdv chez l’ophtalmo dans l'Ouest

Ainsi, en moyenne et à l’échelle du pays il faut attendre 8,4 jours pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste. Deux régions possèdent des temps d’attente extrêmes : le délai le plus court se trouve en Normandie où il faut attendre six jours et le plus long en Pays de la Loire où le délai moyen s’élève à 12,6 jours.

Les écarts régionaux sont aussi très marqués chez les médecins spécialistes : 46 jours pour un rendez-vous chez un ophtalmologiste à Paris et dans les Hauts-de-Seine contre 124 jours dans le Grand-Ouest, soit plus de 2,5 fois plus longtemps. Idem pour le suivi gynécologique avec 33 jours d’attente à Paris et dans les Hauts-de-Seine contre 73 jours dans le Grand Ouest. Un chiffre qui pourrait en partie expliquer pourquoi une femme sur trois n’a pas vu de gynécologue au cours des trois dernières années, selon cette étude.

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Les ouvriers attendent 50 jours de plus que les cadres

Mais l’enquête va plus loin en mettant également en lumière les inégalités sociales de l’accès aux soins. Tout d’abord, l’étude révèle que les ouvriers consultent moins de médecins spécialistes que les cadres et les professions libérales. Et, outre ces consultations moins fréquentes, elles se font aussi plus longtemps attendre : quand les cadres attendent en moyenne 53 jours pour obtenir un rendez-vous chez un cardiologue, les ouvriers en attendent 70, soit 17 jours de plus. Même constat chez l’ophtalmologiste : 78 jours d’attente pour un cadre, contre 128 pour un ouvrier, soit 50 jours de plus.

Comment expliquer ces différences ? L’enquête penche pour des raisons culturelles et notamment pour l’hypothèse d’une "différence d’appropriation des stratégies d’accès aux soins". Ainsi, seuls 35% des ouvriers ont recours aux sites de prises de rendez-vous en ligne contre 55% des cadres. Des cadres qui hésitent aussi moins que les ouvriers à contacter directement leurs médecins par mail ou par téléphone entre les consultations, obtenant ainsi plus facilement une place prioritaire.

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* Sondage réalisé en ligne par Harris Interactive pour Medicine4i du 13 au 21 février 2019 après de 1.006 personnes pour l’intégralité du questionnaire et de 4.017 personnes pour certaines questions.